Transcript · French
Ef22po
Eh Pep, Pep, qu'est-ce que tu fais là ?
La manifestation, laisse-moi tranquille, wesh.
Qu'est-ce qu'elle t'a encore fait cette poubelle ? Pourquoi tu fais ça ?
Mais c'est pour protester contre les études, le lycée, tout ça.
T'as pas suivi ?
Sérieux. Mais t'as quarante ans, de quelles études tu me parles, toi ?
Frère, j'ai trouvé une nouvelle paire de
chaussures, wesh.
Vas-y, c'est carré, wesh. Vas-y, on allume la poubelle, on taille, wesh.
Alors excusez-moi, je vois pas le rapport entre les
revendications et le fait de
piller des magasins. Faut m'expliquer, là.
C'est le système qui nous oppresse, wesh.
J'ai ramené ça aussi.
Vous avez pillé une pharmacie ? Parce qu'on n'a pas à manger,
c'est la hess.
La quoi ? La hess.
T'as jamais été à l'école ou quoi, toi ? Bah si, justement.
Mais y a quoi à manger dans une pharmacie ? Ça m'intéresse.
Je sais pas, des gâteaux pour diabétiques, Doliprane.
C'est quoi ça ? Du lubrifiant cerise.
Ça se mange, ça ? Vous avez volé du lubrifiant ?
On va en avoir marre de se faire enculer par le système, wesh. D'où le lubrifiant.
C'est tout à fait logique, du coup. Qu'est-ce qu'il dit, wesh ?
Je sais pas, il casse la tête. C'est un keuf en civil.
T'es un keuf en civil ?
Ah non, pas du tout, non. Bismillah, c'est les ténèbres.
Il est gênant, sa mère. C'est un keuf. Oh non, il est pas assez con, je pense.
En fait, pour vous, les manifs, c'est le Black Friday, quoi.
Oh, c'est un raciste, en fait. Quoi ? T'es un raciste ?
Alors oui, mais je vois pas le rapport avec la
situation.
En fait, vous cassez tout, là. Mais c'est nous qui allons payer plus
tard.
Et vous aussi, d'ailleurs, parce que c'est nos impôts.
Pourquoi c'est nous qui allons payer, wesh ?
Parce que le système, c'est que quand tu travailles,
tu payes des impôts.
Et oui, mais il faut travailler, en fait. Donc ça marche pas.
Vas-y, on brûle la poubelle, après on taille.
Et putain, vous avez niqué ma poubelle.
Qu'est-ce que j'ai à voir avec tout ça, moi ? C'est la révolution, en fait.
Tout le monde est concerné.
C'est qui, lui, wesh ? Je sais pas, c'est un keuf en civil.
T'es un keuf en civil ?
Ah non, pas du tout, moi, je suis avec vous. Aqab.
Quoi ?
Aqab. C'est-à-dire que tous les flics sont des
enculés, je suis avec eux.
Tu justifies ce qu'ils font, là. Non, je justifie pas, je comprends. Voilà.
La prise de la Bastille, ça s'est pas fait avec des câlins,
mon vieux.
Mais ils prennent pas la Bastille, ils sont en train de voler du lubrifiant.
Mais ces gens-là expriment leur ras-le-bol, en fait.
Comment se faire entendre dans un système qui nous oppresse ?
C'est-- cette violence physique, c'est le juste retour de la violence
institutionnelle et systémique. Faut les comprendre.
J'ai rien compris à ce qu'il a dit, wesh. Bah alors, peut-être, hein.
Je veux dire, moi, quel est le rapport dans tout ça ?
Je veux dire, moi, je suis pas le système. J'ai rien fait.
Téma, téma, wesh. J'ai pris des préservatifs, wesh.
Des barres.
Oui, alors ça, c'est très bien, les moyens de contraception.
Faut absolument l'utiliser, surtout vous.
C'est important pour le bien de l'humanité.
Tarfourah. Non, il faut arrêter avec starfourah, wallah,
tout le temps, là.
Tu fous la honte à tous les musulmans.
Moi, je suis musulman, je te vois, je me convertis au judaïsme. C'est ça.
Et pourquoi pas juif, menti, wesh.
Fou, lui. Pourquoi il dit que je suis musulman,
wesh ? Bah t'es pas musulman ?
Non, je suis pas musulman, wallah.
Mais qu'est-ce que tu veux parler avec ces gens-là ?
Ils sont trop cons, c'est pas possible, en fait.
Et c'est encore, il casse la tête, wesh. C'est pourquoi le drapeau palestinien, là.
Pour libérer la Palestine. C'est pour libérer la Palestine que tu
voles du
lubrifiant ? C'est parce que ce mouvement s'inscrit
dans une logique de justice
sociale, dont la Palestine libre.
Mais ils ont demandé aux Palestiniens s'ils étaient d'accord pour être
représentés
par un mec qui vole des chaussures à Decathlon. Alors, c'est pas le débat.
Il faut comprendre que parfois, les violences du peuple sont légitimes.
Ah bon ?
Ah oui. Jean Valjean, il volait du pain.
La révolution, ça fait des dégâts. D'accord.
Et Jean Valjean, il volait des Ramax aussi ? Non,
on vole ce qu'on a besoin, wesh.
Et t'aurais pu voler deux, trois Bescherelle.
Là, tout ce que je vois, là, c'est qu'à cause de votre comportement,
ça légitime
les violences policières. Alors, je suis désolé, hein,
mais y a rien qui justifie
les violences policières. Ah bon ?
Même les battles de rats
? Je suis désolé, moi, je vois un six-seven,
je pète le bras direct.
Oui, alors ça, c'est une mentalité de nazi. Ah,
mais ça va, je déconne.
Tout ce que je vois, là, c'est que tous ces casses, tout ça,
c'est illégal.
Y a quand même moyen de protester dans la légalité.
Bah excuse-moi, mais brûler la Bastille, c'était illégal aussi.
Mais quelle Bastille ? Ils volent des cartes Pokémon dans les
Micromania.
Tu comprends, ça ? Et puis c'est nous qui allons payer avec
nos impôts, je te
rappelle. Alors pour une fois, on saura où vont nos impôts.
Puis je préfère payer ça que la vaisselle de l'Élysée.
Et si j'ai envie de payer aucun des deux, je fais comment, moi ?
Excuse-moi, mais une vitrine cassée ou une poubelle
qui brûle, c'est moins grave
qu'une main arrachée. Faut quand même le dire, ça.
Mais tu peux condamner les violences policières et le fait de brûler des
poubelles
? Je vois pas le rapport, là. Mais ces gens-là expriment une révolte,
un mal-être
profond. Il faut les écouter. Voilà.
Putain, j'ai eu le bulde bizarre, il est claqué, niqué le système, wesh.
Enfin, là, vous m'aidez pas beaucoup non plus,
les gars.
J'ai l'impression que tu défends l'indéfendable. Non, je défends pas,
je comprends.
C'est pas pareil. Faut quand même reconnaître qu'à cause de
ça, on parle plus, euh,
des violences policières et, et des vraies revendications.
Il faut le dire, hein.
Bah ouais, merci, on est d'accord.
Vous avez pas peur des flics ? Non, de toute façon,
ils préfèrent taper sur les
enfants de douze ans, c'est plus facile, hein.
De toute façon, tout ça, c'est voulu.
On a envie que ça parte en couille et que ça décrédibilise le mouvement. Classique.
Tu manifestes, toi ? Euh, non. Oui, tu manifestes pas parce que t'es un
bourgeois
privilégié, c'est tout. Bah non, mais pour aller manifester, c'est--
je suis obligé
de prendre ma voiture et c'est trois euros le litre d'essence.
Eh ben, tu fais comme moi, tu prends un vélo.
Facile. D'accord. Il est à combien ton vélo
? Je vois pas le rapport. Je sais pas, j'ai quand même l'impression que t'as un
vélo de privilégié.
Regarde sur Google. Ah ouais, non, mais ça, je l'ai eu dans une friperie,
c'est
écoresponsable. Ah oui, deux mille cinq cents euros d'occasion.
C'est un gravel électrique, les gars, vous avez entendu ?
Ah non, mais l'écoutez pas, il dit n'importe quoi,
ça vaut trois fois rien, cette
histoire. Putain, il y en a plein sur Vinted,
ça part comme des petits pains.
Viens, on lui péta son vélo, wesh. Vas-y, mort aux riches, hein.
Non, mais en fait, moi, je vais, je vais y aller parce que- Vas-y, nique le
système, wallah. Arrête de wallah tout le temps,
tu casses la tête, wesh.
Appelez la police.
Je vais pas appeler la police, c'est tous des enculés.
Je vais rentrer ma poubelle, on sait jamais. Michelle, fais chier,
Michelle.
End of transcript · 1,299 words