Transcript · French → English
Analysis of European-Russian Relations
Emmanuel Todd, are we at war with
Russia today?
Um, so, perhaps European leaders
would like to be at,
open war with Russia. I, frankly,
um,
it's, this is Europe as a fantasyocracy,
in fact.
That is, this whole story about a, a Russia that
would
attack Europe, invade Europe, um,
is, is a fantasy.
You don't believe that?
No. That is, I define Russia's war aims in a,
um,
fairly harsh way in my book and have for a long time.
Um, Russia wants to go as far as the Dnieper, they want to take Odessa,
um, perhaps turn a rump Ukraine
into a new satellite, but they'll stop
there, and have no interest in going any farther.
They don't have the demographic resources, they have no interest in it
strategically. And the real problem is that, uh, the
European discourse about this Russian threat exists.
So, in part, it can be interpreted
in psychiatric terms.
Psychiatric, outright.
I mean, a lot of the people who say that are
sincere.
So, yes, if these paranoiacs exist, then
some are in charge. But, but I, I, I believe,
some are in charge. But, but I, I, I believe,
uh, beyond that, uh, there is something wrong
with Europe, uh, and it gets to the real,
how should I put it, the real subject of my book: The Disintegration of the West.
The whole purpose of the book is to show this.
I talk a little about Russia, obviously.
I talk a lot about China, I talk a great deal about Iran.
But fundamentally, for me, what's interesting
is the process of
internal disintegration, not simply of Europe, but
of Germany, France, the Western system and the
United States. And it is this process of disintegration
that produces this paranoid view of the world.
So there, Russia is simply an object of
fixation for this inner malaise.
Emmanuel Todd, you say that the, the war in Russia, the war in Ukraine
is lost for Europe and for the West. You say so.
Yes, in fact, we're getting there, we'll know this year.
It's, it's, it’s interesting because it's going to be
the year of the reckoning.
In fact, there is a contrarily—
They've been saying that since, since, since—
No, no. Right now, there is an acceleration on the fronts.
The channel is closed.
As for me, I take little interest in questions
of strategy, but clearly,
there is also a hardening. This is a war that risks becoming
more and more
ugly. And that's why, in a way, European leaders
uh, are a little on edge because each one will
uh, are a little on edge because each one will
have to face
uh, their record, in fact, once this war is over.
We'll see what we did or didn't do for the Ukrainians, whether we
drove them to suicide or, or whether we really helped them.
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Original transcript (French)
Emmanuel Todd, sommes-nous aujourd'hui en guerre avec la Russie ? Euh alors, peut-être que les dirigeants européens aimeraient être en, en guerre ouverte avec la Russie. Moi, je le dis franchement,
euh, c'est, ça c'est l'Europe comme fantasmocratie en fait. C'est-à-dire que toute cette histoire d'une, d'une Russie qui voudrait
attaquer l'Europe, envahir l'Europe, euh, est, est un fantasme. Vous n'y croyez pas ? Non. C'est-à-dire, je définis les buts de guerre d'une façon, euh, de la Russie,
d'une façon assez dure dans mon livre et depuis longtemps. Euh, la Russie veut aller jusqu'au Dniepr, ils veulent prendre Odessa, euh, peut-être transformer une Ukraine croupion en un nouveau satellite, mais ils s'arrêteront là et ils n'ont aucun intérêt à aller plus loin.
Ils n'ont pas les ressources démographiques, ils n'y ont aucun intérêt stratégique. Et le vrai problème, c'est que, euh, le discours européen sur cette menace russe existe. Alors, on peut l'interpréter pour une part en termes psychiatriques.
Psychiatriques, carrément. Je veux dire, beaucoup des gens qui disent ça sont sincères. Donc si, si ce sont des paranoïaques existent et donc
certains sont aux commandes. Mais, mais je, je, je crois, euh, au-delà de ça, euh, y a quelque chose qui ne va pas en Europe et qui est, euh, et qui tombe dans vrai, comment dire, le vrai sujet de mon livre : Dislocation de l'Occident. Tout le but du livre, c'est de montrer.
Je parle un peu de la Russie, évidemment. Je parle beaucoup de la Chine, je parle énormément de l'Iran. Mais fondamentalement, pour moi, ce qui est intéressant, c'est le processus de dislocation interne, pas simplement de l'Europe, mais
de l'Allemagne, de la France, du système occidental et des États-Unis. Et c'est ce processus de dislocation qui produit cette vision paranoïaque du monde. Et donc la, la Russie est simplement un objet de fixation pour ce mal-être intérieur.
Emmanuel Todd, vous dites vous que la, la guerre en Russie, la guerre en Ukraine est perdue pour l'Europe et pour l'Occident. Vous le dites. Oui, en fait, on arrive, on va être fixé cette année. C'est, c'est, c'est intéressant parce que ça va être l'année du dénouement.
En fait, il y a une contrairement- On dit ça depuis, depuis, depuis que- Non, non. En ce moment, il y a une accélération sur les fronts. Le canal est fermé. Moi, je ne m'intéresse guère aux questions
stratégiques, mais il est clair et il y a un durcissement d'ailleurs. C'est une guerre qui risque de devenir de, de plus en plus sale. Et c'est pour ça, d'une certaine façon, que les dirigeants européens,
euh, sont un peu agités parce que chacun va être confronté, euh, à son bilan en fait, une fois que cette guerre sera terminée. On verra ce qu'on a fait ou ce qu'on n'a pas fait pour les Ukrainiens, si on les a poussés au suicide ou, ou si on les a vraiment aidés.