Transcript · French → Spanish
Adèle Haenel's Powerful Speech on Silence
Tiene carta blanca. Adèle Haenel, míreme directamente a los ojos si quiere
ocupar mi lugar.
Gracias.
Has tomado una decisión.
Esta vez, vas a hablar.
La mesa familiar donde te sientas es un trampolín.
Habrá que correr y saltar dentro de una palabra.
El resto de la frase seguirá como una caída irremediable.
El miedo acelera tu corazón, pero ahí, fuera, te habías
jurado no retroceder por ti y todas las demás que hablan con
tu voz. Entonces, la palabra cae.
Me violó.
Sujeto, verbo, complemento directo.
La frase afilada, corta y punzante, parte el espacio.
El temblor de tu cuerpo, el temblor de tu voz contagian
el aire y todos los cuerpos alrededor.
El mundo vibra bajo el impacto.
Hay que hablar del acto de hablar, del miedo a decirlo
cuando las palabras pronunciadas son hachazos que revelan que de su ausencia
permanente rezuma a cada instante la aceptación por todos
de lo inaceptable.
Palabras que sacan a la luz esta capa de la realidad que todo el mundo
conoce, pero que no debe decirse, que debe ocultar su propia ausencia
para convertirse en una ausencia de ausencia, una nada de nada.
Yo también he tomado una decisión.
Voy a hablar.
La creciente densidad de la angustia no miente.
Este sillón donde me siento es un trampolín.
La primera palabra será un cubo en el silencio televisivo que empantana al
país, ese barullo mediático que oculta sin
descanso
la ausencia omnipresente de ciertas palabras.
Del mismo modo, la frase es corta y, del mismo modo,
tengo miedo.
Pero, puesto que estoy aquí, hay que hablar para repetir lo que hay
en este
silencio para que todos lo escuchen.
El Estado de Israel está cometiendo un genocidio en Palestina y Francia
es cómplice. No acepten lo inaceptable.
Así que sancionen a Israel y liberen a
Palestina.
Adèle Haenel.
Una carta blanca
personal.
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Original transcript (French)
C'est votre carte blanche. Adèle Haenel, droit dans les yeux, si vous voulez bien prendre ma place. Merci. Tu as pris une décision. Cette fois-ci, tu vas parler.
La table de famille où tu t'assois est un plongeoir. Il faudra courir et sauter dans un mot. Le reste de la phrase suivra comme une chute irrémédiable. La peur accélère ton cœur, mais là, dehors, tu t'étais juré de ne pas reculer pour toi et toutes les autres qui parlent dans
ta voix. Alors le mot tombe. Il m'a violée. Sujet, verbe, COD. La phrase aiguisée, courte et pointue, fend l'espace. Le tremblement de ton corps, le tremblement de ta voix contaminent
l'air et tous les corps autour. Le monde vibre sous l'impact. Il faut parler de l'acte de parole, de la peur de dire lorsque les mots prononcés sont des coups de hache qui révèlent que de leur absence permanente suinte à chaque instant l'acceptation par tous
de l'inacceptable. Des mots qui mettent au jour cette couche du réel que tout le monde connaît, mais qui ne doit pas être dite, qui doit masquer sa propre absence pour devenir une absence d'absence, un rien de rien. Moi aussi, j'ai pris une décision.
Je vais parler. La densification de l'angoisse ne ment pas. Ce fauteuil où je m'assois est un plongeoir. Le premier mot sera un seau dans le silence télévisuel qui englue le pays, ce brouhaha médiatique qui masque sans
répit l'absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte et pareillement, j'ai peur. Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu'il y a
dans ce silence afin que tout le monde l'entende. L'État d'Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable. Alors, sanctionnez Israël et libérez la
Palestine. Adèle Haenel. Une carte blanche personnelle.