French → English transcript
I was born into violence.
Even before I was born, my father had smashed my mother's head against a sink.
Then he hit her when she was seven months pregnant.
He kicked her in the stomach.
He perforated one of her eardrums.
It is in this violence that I came into the world.
This is not a detail, it is not just background.
It is the starting point.
This violence is also a form of psychological control.
In my family, or in what I prefer to call the clan,
silence about the violence was the rule, a whole system.
We did not talk, we did not name things, we did not denounce the father figure.
So like all children, I really mean like all children,
I spoke at three years old, but I did not have the words.
So I spoke with my body.
I repeated on my mother the gestures that my father used to make me endure.
That was my way of speaking.
She confronted her and her response was to insult her and discredit her.
So I learned from the age of three that speaking is not enough.
Already something was taking hold.
Then they made me play.
But the orchestra’s games were not games.
They were repeated rapes almost every weekend.
My father’s sex in my mouth as a trumpet or a flute.
I still keep today the memory of the smell,
the memory of the sensations,
the memory of the images,
of the traces that remain and do not fade.
Because we also need to deconstruct the idea that incest is the reflection of an adult sexuality.
It is just the possession of the other’s body.
But incest is not just a single moment.
It is a climate.
It is a slow, diffuse, constant permeation.
There were gestures, kisses, devouring kisses, tickles, imposed games.
But there was also the absence of modesty, nudity, open doors, exposed bodies,
including during sexual intercourse.
I grew up with no sense of privacy, no limits, no protection.
So I tried to adapt.
I protected myself all alone, at ten years old.
I stopped eating during the school holidays so that he would take me back to my mother,
so I would not see him anymore, to make his rapes stop.
I held on for almost two years.
I remember the exhaustion, the body giving out, but also this very clear idea.
This is not a whim, it is my only way to protect myself.
A survival strategy, even at the cost of putting myself in mortal danger.
Anything, as long as it stops.
I had also woven a web around my bed, to keep him from coming near at night.
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Original transcript (French)
Je suis née dans la violence. Avant même ma naissance, mon père avait éclaté la tête de ma mère contre un lavabo. Puis il l'a frappée enceinte de sept mois. Il lui a donné des coups dans le ventre. Il lui a perforé un tympan.
C'est dans cette violence que je suis venue au monde. Ce n'est pas un détail, ce n'est pas un contexte accessoire. C'est le point de départ. Cette violence est aussi une emprise psychologique. Dans ma famille, ou dans ce que je préfère appeler le clan,
le silence sur les violences était la règle, une organisation. On ne parlait pas, on ne nommait pas, on ne dénonçait pas la figure paternelle. Alors comme tous les enfants, je dis bien comme tous les enfants, j'ai parlé à trois ans, mais je n'avais pas les mots. Alors j'ai parlé avec mon corps.
J'ai reproduit sur ma mère les gestes que mon père me faisait subir. C'était ma manière de dire. Elle l'a confrontée et sa réponse a été de l'insulter et de la disqualifier. J'apprends donc dès mes trois ans que dire ne suffit pas. Déjà quelque chose se fixe.
Puis on m'a fait jouer. Mais les jeux de l'orchestre n'étaient pas des jeux. C'étaient des viols répétés presque chaque week-end. Le sexe de mon père dans ma bouche en guise de trompette ou de flûte. Je garde encore aujourd'hui le souvenir de l'odeur,
le souvenir des sensations, le souvenir des images, des traces qui restent et qui ne s'effacent pas. Parce qu'il faut aussi déconstruire l'idée que l'inceste est le reflet d'une sexualité adulte. C'est juste la possession du corps de l'autre.
Mais l'inceste, ce n'est pas qu'un moment. C'est un climat. C'est une imprégnation lente, diffuse, constante. Il y avait les gestes, les baisers, les dévores de baisers, de chatouilles, les jeux imposés. Mais il y avait aussi l'absence de pudeur, la nudité, les portes ouvertes, les corps exposés,
y compris dans les rapports sexuels. J'ai grandi sans repère de l'intime, sans limite, sans protection. Alors moi j'ai essayé de m'adapter. Je me suis protégée toute seule, à dix ans. J'ai cessé de manger pendant les vacances scolaires pour qu'il me ramène chez ma mère,
pour ne plus le voir, pour faire cesser ses viols. J'ai tenu presque deux ans. Je me souviens de la fatigue, du corps qui lâche, mais aussi de cette idée très claire. Ce n'est pas un caprice, c'est ma seule façon de me protéger. Une stratégie de survie, même au prix de me mettre moi-même en danger de mort.
Tout, pourvu que ça s'arrête. J'avais aussi tissé une toile autour de mon lit, pour empêcher qu'il s'approche la nuit.