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C'était hier soir, la Knesset a voté par 62 voix pour, 48 contre et une abstention et quelque chose s'est fissuré parce que la Knesset a adopté une loi instaurant la peine de mort pour les terroristes, mais qui est taillée sur mesure pour ne s'appliquer qu'aux Palestiniens reconnus coupables d'attaques meurtrières contre des Israéliens.

Cette loi, elle est taillée sur mesure et c'est l'un des nombreux problèmes que cela soulève. Ce n'est pas une loi universelle ni un principe, c'est ethnique, c'est une loi qui dit la vie de l'un vaut plus que la vie de l'autre.

Il y a désormais deux guichets en Israël, c'est brutal mais c'est vrai. Alors ça ne sera pas une découverte, je suis contre la peine de mort, pas parfois, pas sauf exception, toujours sans le mais, parce que la peine de mort c'est l'Etat qui décide qui il a le droit de tuer.

C'est une idée médiévale habillée en sentence judiciaire, l'œil pour l'œil, ce n'est pas de la justice mais de la vengeance comptabilisée par des greffiers, c'est ce que je pense profondément.

Mais ce qui me brise ce soir, le cœur, c'est que ça vienne d'Israël, parce qu'Israël c'est un pays qui est né de la pire catastrophe que l'humanité a infligée à un peuple, la Shoah.

C'est un pays qui a été construit par des survivants qui auraient pu haïr le monde entier mais qui ont choisi l'avenir, de planter des arbres, de faire fleurer un désert, de tenir des élections, de faire le choix de la démocratie.

Et tout est un brisage de cœur, depuis 1962 et l'exécution d'Adolf Eichmann, un officier SS, je le rappelle pour être discret, qui a organisé avec une minutie bureaucratique la déportation des millions de juifs vers les camps d'extermination, aucune exécution n'a eu lieu en Israël, je le répète, en 60 ans, aucune exécution n'a eu lieu.

Et pendant ces 60 ans, Israël a subi des attentats, des guerres, des intifadas, et a tenu bon, a maintenu son principe, a refusé de devenir ce qu'il combattait.

Et ce qui me rend encore plus malade, c'est que c'est le ministre de la Sécurité Nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, qui a porté ce texte, Ben Gvir, l'homme qui a longtemps accroché dans son salon le portrait d'un terroriste juif, l'homme qui, il n'y a pas si longtemps, était considéré par toute la classe politique israélienne, Likud compris, comme un voyou, l'homme qui a gagné, c'est celui qui a sabré le champagne à l'intérieur de la Knesset, ce qu'il n'avait pas le droit, et qui l'a bu à l'extérieur.

Je n'ai pas le temps de vous montrer son son, mais disons qu'il a été odieux pour être poli, comme d'habitude, je ne peux pas le dire autrement, ça a été dégueulasse.

Et le Premier ministre Netanyahou a voté pour ce texte, même s'il aurait demandé, paraît-il, qu'on adoucisse quelques dispositions, comme la clause qui a imposé que les résidents de Cisjordanie soient exclusivement jugés par un tribunal militaire, mais, pour éviter le tollé international, ça n'a pas empêché, mais il a voté pour.

Alors oui, ne nous cachons pas derrière nos petits doigts, le 7 octobre 2023 a tout changé, cette loi n'a pas été votée, n'est pas tombée du ciel, ces images des kiboutes, ces enfants, ces vieux, ces jeunes gens brûlés, vivent dans leurs voitures, massacrés, c'est un traumatisme national d'une violence inouïe, j'allais dire, ça devrait être un traumatisme humaniste et universel inouï.

Le 7 octobre 2023 était un pogrom, le mot est juste, il est insupportable, et les traumatistes vont voter des lois terribles. Les démocraties aussi saignent, et quand elles saignent, elles peuvent trébucher, mais justement, c'est dans ces moments-là qu'une démocratie se révèle, pas quand tout va bien, c'est quand un dilemme éthique se pose que les principes démocratifs doivent prouver leur robustesse.

Ram Ben Barak, ancien directeur adjoint du Mossad et député de l'opposition, a exprimé son indignation, et venant de quelqu'un dont, j'allais dire, le métier quasiment toute sa vie a été defendre des Israéliens, je trouve que c'est un poids, et il dit que cette loi témoigne d'une défaite, une forme de défaite face au Hamas, parce qu'Israël s'éloigne de ce qu'il a toujours voulu être. Yair Lapid, chef de l'opposition, ne dit pas autre chose, on l'écoute, c'est très court.

Nous ne sommes pas comme le Hamas, nous sommes exactement le contraire du Hamas, nous ne sommes pas venus au Méditerranée pour accepter les droits de la Sharia, nous n'avons pas créé un pays juif pour accepter les standards de l'islam radical.

Alors oui, dès les minutes qui ont suivi le voile, l'association pour les droits civils en Israël a saisi la cour suprême en urgence, la société civile israélienne, comme toujours, résiste, oui, elle existe, oui, ce n'est pas rien, il n'empêche qu'à cette question qui m'obsède et qui va m'obséder longtemps, est-ce qu'Israël, en cherchant à punir la barbarie, ne risque pas d'en adopter les logiques ?

Mais alors attention, je ne dis pas qu'Israël est devenu ses ennemis, je dis que cette loi est une victoire pour ceux qui depuis des décennies veulent exactement ça, convaincre le monde qu'Israël et le Hamas se valent, cette loi leur offre des arguments sur un plateau et ça c'est une défaite stratégique autant qu'une honte morale.

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