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Il y a une entreprise qui s'appelle LSO Group, une entreprise israélienne qui a développé
un logiciel qui s'appelle Pegasus.
C'est le logiciel le plus agressif que l'industrie n'a jamais connu.
C'est un logiciel qui est capable d'activer votre caméra, votre micro, de lire vos messages
chiffrés.
Donc il peut nous voir, il peut nous entendre en direct ?
Oui, tout est faisable, c'est-à-dire qu'il prend le contrôle entier de votre téléphone.
L'interface était sur fond noir.
En haut à gauche, on avait la fenêtre principale.
À droite et en dessous, il y avait un tableau de bord contenant chacune des applications
dont on pouvait extraire les données.
Par exemple, on avait les icônes de WhatsApp ou Telegram.
Tout en bas, on avait les micros, les caméras, la géolocalisation.
Selon ce qui nous intéressait, on cliquait dessus et ça s'ouvrait dans la fenêtre principale.
Il y a des mois qu'on travaille et d'après nos informations, il y a tant de personnes
qui ont été espionnées au moyen de ce logiciel Pegasus et ces personnes-là ne sont pas des
criminels, ce sont des journalistes, des avocats, des dissidents, des opposants.
C'est là où c'est très dangereux parce que c'est le moment où ils peuvent essayer
de retrouver la source pour faire chanter la source, pour l'éliminer, pour assassiner
un autre journaliste, pour s'en prendre à nous, pour me surveiller.
Le lendemain, je vois plein d'emails de nos partenaires qui sont sur d'autres fuses horaires
et qui ont reçu des menaces d'un grand cabinet d'avocats installé aux Etats-Unis, qui
les menace de poursuite si jamais ils publiaient ça.
On a dû prévenir l'Elysée.
Oui, vous êtes allé le voir, c'est ça ?
Cinq ministres étaient réellement infectés.
Il y avait qui dedans ?
Il y avait le ministre de l'Agriculture, il y avait, je pense, la ministre de la Défense.
De la Défense ?
Il y avait une série de personnalités et puis après, il y avait d'autres ministres
qui étaient aussi dans cette liste-là pour lesquels on n'a pas eu de retour.
Le gouvernement n'a pas été vraiment transparent sur…
Ils étaient mal à l'aise en fait, peut-être de ne pas s'en être rendu compte que ce
soient des journalistes qui leur donnent cette info ?
Normalement, ils auraient dû l'apprendre par la DGSE ou par la DGSI ou par des services
étrangers, être prévenus.
Là, ils étaient prévenus par un groupe de journalistes.
Ils vous ont demandé la liste des numéros ?
Oui, ils m'ont demandé de toutes les façons possibles, par voie officieuse d'abord et
puis par voie officielle avec des policiers qui sont venus me voir pour me dire « vous
avez fait un super travail, monsieur Richard, et votre équipe, c'est fabuleux, on veut
protéger les victimes.
Donc, il nous faut cette liste ». Et je leur ai dit « non, je ne peux pas vous la donner,
nous, on a fait notre travail de journalistes et vous, vous devez faire le vôtre et on
ne va pas vous donner un document ».
Il pourrait y avoir d'autres logiciels comme Pegasus qui se retrouvent dans nos téléphones ?
Il y en a.
En fait, il y a d'autres logiciels.
Le truc, c'est qu'on a révélé ça, je pense que ça a permis de faire prendre conscience
qu'on avait un énorme problème de cybersurveillance massif à l'échelle mondiale et qu'à
ce moment-là, il n'y a pas grand monde pour protéger le citoyen là-dedans.
C'est hyper flippant, en vrai.
C'est très flippant et c'est le monde dans lequel on est très flippant.
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