Rima raconte sa naturalisation et son sentiment d’appartenance
Rima, parce que toi
du coup tu as eu la
nationalité française à dix-huit
ans.
Ça a forcément eu un impact. Est-ce que tu t'es dit euh là,
je suis française ou
tu te sentais déjà française avant
ou encore aujourd'hui, tu sais
pas ?
Moi, il y a eu un avant
après quand ma mère a
commencé à taper dans du roquefort.
Parce que là, t'as du bleu là, non mais
nous, on est arrivés en France, le fromage, on ne pouvait pas.
Vous savez les orientaux,
on a un fromage, il ne sent pas, c'est le halloumi.
On a deux trois fromages comme
ça, mais ils ne sentent pas en fait.
Donc les fromages, c'était pas possible.
Pour nous, c'était du pourri, c'était du euh...
Un jour, je vois ma mère taper
dans du bleu qu'elle
avait dans le
frigo. Elle tape ça avec
du zeste d'huile d'olive
et tout.
Non, je dis, je dis, mais
maman, ça y est, genre là, on a basculé quoi.
Et je me souviens que ça avait été un électrochoc.
Le deuxième moment, c'est quand on a eu la nationalité
française, parce que moi, je
suis la seule de ma famille
à l'avoir eue avec ma mère.
Ok.
Parce que j'étais encore mineure, j'étais juste un peu avant mes dix-huit
ans
et ma mère en était à sa troisième demande.
Donc moi, elle a pu me,
elle a pu m'avoir comme ça avec elle
dans ce-- au moment où elle a été naturalisée.
Et euh je me souviens, elle mettait, je vous
jure, ce n'est pas une blague,
ce n'est pas du tout un cliché, ce n'est pas du tout...
Ma mère, elle a mis la
Marseillaise à la maison
sur les enceintes pendant des jours et des
jours parce qu'elle me disait : Mais le
maire va nous demander de la chanter
devant tout le monde.
Elle disait que ça
allait être une grande
cérémonie, tu sais.
Elle me dit : Il faut vraiment qu'on la connaisse par
cœur, il ne faut pas se
louper sur les phrases. Tout le monde va nous regarder,
il faut qu'on la
chante, etc.
Finalement, pas du tout, enfin, tu vois.
Mais je me souviens que pendant trois jours,
elle avait son petit ordi comme ça dans
le salon, elle mettait, il y avait des
enceintes, elle, elle balançait la Marseillaise.
Toute la journée, elle se répétait le truc.
Le hit de l'été.
Et moi, je devais le répéter
forcément avec elle
parce qu'il ne fallait pas que je
lui fasse honte, tu vois. Donc
non, mais ça, c'est des petits trucs
un peu rigolos
où tu es en confrontation directe comme ça,
mais euh je pense que c'est quelque chose qui s'est fait
vraiment dans la question
de l'accueil aussi.
Enfin, moi,
je parle un peu de ça dans certains
meetings où je parle du rejet, mais de
l'accueil. Et en
fait, on-- à partir du moment
où on est dans le cœur de quelques
gens, ça y est, c'est
chez nous. Ça y est, je veux dire, c'est des gens que tu as envie de
retrouver, c'est des euh... Et en fait
euh, au-delà de de d'un pays, tu
vois, dans tout ce qu'il peut être, dans
ses institutions, dans son
drapeau, dans sa devise, dans son hymne national, etc.
Enfin, le vrai chez-soi.
Les amis.
Le vrai chez-soi, c'est le cœur des gens.
Retrouvez l'intégralité du podcast sur ma chaîne YouTube et sur toutes les
plateformes de streaming.
End of transcript · 589 words