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Discussion on Ukraine Conflict Perspectives
Peut-on, peut-on creuser le sujet de l'Ukraine juste un
peu ?
Et j'ai posé cette question lundi.
Nous avions un panel de, heu, diplomates occidentaux parlant de l'Ukraine,
et j'ai posé la
question : pourquoi, et je— de mon point de vue certes occidental,
l'Ukraine est-elle un cas limpide ?
Un pays, un grand pays, a envahi son voisin, essayant de forcer
son voisin à adopter certaines politiques, et cetera.
On pourrait penser que le reste du monde serait d'accord avec cela.
On ne peut pas changer les frontières en envahissant un autre pays.
Mais quand j'en discute autour de moi, quand je parle à des amis d'Asie du Sud-Est,
ils ont plutôt tendance
à dire : « Oui, enfin, la Russie avait des intérêts de sécurité. » Ils ne s'en
soucient pas vraiment.
C'est un problème européen.
Quel est, quel est votre point de vue en tant que Singapourien,
d'Asie du Sud-Est, mais
aussi quelqu'un qui connaît le monde : pourquoi cette idée
que la guerre en Ukraine est une agression évidente pour des gens
comme moi
ne l'est pas tellement pour beaucoup d'autres ?
Et pour vous qui venez d'Occident, je dois rappeler le Kosovo—
Hum hum
qui faisait partie, euh, de la Serbie—
Hum hum
euh, qui a été arraché à la Serbie par la force.
Hum hum.
Et Belgrade a été bombardée. Il y a eu une guerre qui a duré, je crois, deux,
trois mois—
Hum hum
pour détacher le Kosovo—
Hum hum
de la Serbie.
Hum hum.
Euh,
donc ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre.
J'étais assis à côté de Lavrov aux réunions régionales car Singapour commence par
S et la Russie par R.
Nous sommes des voisins permanents.
Et il était très contrarié
par ce que l'Occident a fait au Kosovo.
Euh, je ne pense donc pas qu'on puisse contester
l'intervention de la Russie en Ukraine.
sur la base d'un principe.
Maintenant, Singapour est évidemment contrariée.
Quand on voit un petit se faire tabasser, et qu'on est encore plus petit,
on sympathise immédiatement avec le plus petit.
Mais parfois, face à un conflit,
il est important de regarder toute la vidéo.
Et quand on regarde toute la vidéo, on se dit : « En fait, ce n'est pas si
simple. »
Et si l'on veut trouver une solution,
mieux vaut regarder toute la vidéo plutôt que de se fier à un seul instantané.
Hum, hum.
Demandez-vous :
pourquoi Lénine,
Poutine et Zelensky ont le même prénom ?
Qui était Vladimir ?
Vladimir était le prince de Kiev,
qui, lors de son baptême, a dû choisir entre le rite latin
et le rite byzantin
à une époque où l'Église était encore unie avant le Grand Schisme de
mille
cinquante-quatre.
Dans un célèbre passage, il a écrit qu'il était si séduit par la richesse
de Byzance,
qu'il est devenu orthodoxe.
Le monde grec est devenu orthodoxe, ce monde grec
que Rome n'a jamais totalement assimilé.
Et cette division entre mondes romain et grec persiste encore aujourd'hui.
Et c'est à Kiev que la Moscovie est devenue orthodoxe.
Or, on ne peut échapper au fait que l'Ukraine a toujours
été entre les deux. Si vous regardez
les atlas de l'Europe
d'il y a 50 ans, 100 ans, 150 ans,
les frontières n'ont cessé de bouger.
L'Ukraine se trouve donc
à la jonction de plaques tectoniques.
Et
j'étais convaincu que la Russie agirait avant la fin de l'année
2021. Je l'ai dit à mes enfants
car j'avais lu le texte de Poutine sur l'histoire commune de l'Ukraine et
de la Russie
écrit en juillet. C'était, pour moi, un assez bon travail d'histoire
ses écrits.
Mais quand j'en ai parlé à mes amis américains, ils ont ri, ils se sont moqués de
moi. Ils ont dit : « C'est un homme mauvais. Comment peux-tu le lire ? »
Eh bien, que... que dire ?
Mais, euh… Et quand il est passé à l'action,
j'étais sûr qu'il y aurait… que l'Ukraine serait partitionnée,
et qu'elle le serait
pendant des décennies, tout comme la péninsule coréenne
l'a été,
comme l'a été le Cachemire, comme l'a été Chypre.
Il sera peut-être possible, après deux ou trois ans, d'avoir un cessez-le-feu,
mais il n'y aura pas d'accord de paix.
Et cette partition de l'Europe
ouvre un nouveau chapitre dans l'histoire de toute l'Europe
et marque une limite à l'expansion de l'UE
et peut-être à l'expansion de l'OTAN.
Et de par la nature des choses, quand vous poussez
et que le mur ne cède pas,
une partie de cette force revient vers vous,
ouvrant des brèches dans votre propre société.
Alors je me demande : si j'étais allemand
et que je lisais Seymour Hersh,
bien sûr, je ne peux pas dire ouvertement que je crois ce qu'il a dit,
mais je le lis.
On se dirait :
« Pourquoi sommes-nous dans cette situation ? »
Vous êtes français, pourquoi êtes-vous dans cette situation ?
Si nous ne faisons pas attention,
nous verrons des conditions qui
mèneront à une résurgence de la droite,
de l'AfD en Allemagne,
de Le Pen en France.
L'Europe est donc dans une situation très difficile,
et le manque de clarté quant à l'avenir de l'Europe est très troublant.
Quelle est l'issue ? Disons que dans les mois à venir,
les Ukrainiens fassent de grandes avancées.
Où s'arrête-t-on ? Sait-on quand s'arrêter ?
Si on ne s'arrête pas, la Russie sera alors contrainte à l'escalade.
Si le contraire se produit, que dans les prochains mois la Russie fasse de grands
gains,
et qu'elle ne sait pas quand s'arrêter,
alors l'OTAN sera contrainte à l'escalade
d'un cycle supplémentaire.
J'espère que les deux camps auront la sagesse de savoir quand s'arrêter
pour qu'il y ait
une certaine stabilité,
et que le point d'arrêt mènera à une partition de l'Euro- de l'Ukraine.
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Original transcript (English)
Can, can we just drill down on Ukraine just a little bit? And I asked this question on Monday. We had a panel of, uh, Western diplomats speaking of Ukraine, and I asked the
question: Why is it that, and I- from my admittedly Western perspective, Ukraine is clear-cut. One country, a big country, invaded its neighbor, trying to force its neighbor to adopt certain policies, et cetera. We would think the rest of the world would be on board with that.
You can't change borders by invading another country. But when I go around, when I talk to Southeast Asian friends, they kind of are more like, "Yeah, well, Russia had security interests." They don't really care.
That's a European problem. What's, what's your perspective as a Singaporean, Southeast Asian, but also someone who knows the world about why it is that this idea that the Ukraine war is a clear case of aggression for people
like me is not so much for a lot of other people? And to you from the West, I must recall Kosovo- Mm-hmm ... which was part of, uh, Serbia-
Mm-hmm ... uh, which was broken from Serbia by force. Mm-hmm. And Belgrade was bombed. There was a war which lasted, I think, two, three months-
Mm-hmm ... to break Kosovo off- Mm-hmm ... from Serbia. Mm-hmm.
Uh, so what is sauce for the goose is sauce for the gander. I used to sit next to Lavrov at regional meetings because Singapore is S, Russia is R. We are permanent neighbors.
And he was very upset by what the West did on Kosovo. Uh, so I don't think you can argue against Russia's intervention in Ukraine on the basis of a principle.
Now, Singapore is, of course, upset. When you see a small guy being beaten up, we being smaller still, immediately sympathize with the smaller guy. But sometimes when you see a conflict, it's important to watch the entire video.
And when you watch the entire video, you say, "Oh, well, it's actually not so simple." And if you want to find a solution, you better watch the entire video and not just depend on one snapshot. Mm-hmm.
Ask yourself, why is it Lenin, Putin, Zelensky have the same first name? Who was Vladimir? Vladimir was the Prince of Kiev,
who, when he was baptized, had to decide between the Latin rite and the Byzantine rite at a time when the church was still united before the Great Cism of ten fifty-four.
In a famous passage, he wrote that he was so beguiled by the richness of Byzantium, so he became Orthodox. The Greek world became Orthodox, the Greek world which Rome never fully absorbed.
And that division between Roman and Greek world persists till today. And Kiev was where Muscovy became Orthodox. Now, you can't escape the fact that Ukraine has always been in between. If you look at the atlases of Europe
fifty years ago, a hundred years ago, a hundred and fifty years ago, the borders have been shifting up and down. So Ukraine is between where tectonic plates meet. And
I was convinced that Russia would move by the end of twenty twenty-one. I told my children because I read Putin's common history of Ukraine and Russia written in July. It was, to me, a quite a good piece of historical
writing. But when I mentioned it to my American friends, they laugh at me, they sneered at me. They said, "He's an evil man. How can you read him?" Well, what, what can I say? But, uh... And when he moved,
I was sure there would be... that Ukraine will be partitioned, and it'd be partitioned for decades, the way the Korean Peninsula has been partitioned, the way Kashmir has been partitioned, the way Cyprus has been partitioned.
It may be possible after two, three years to have a ceasefire, but there'll be no peace agreement. And this partitioning of Europe is opening a new chapter in the history of all of Europe and marks a limit to EU expansion
and maybe to NATO expansion. And in the nature of these things, when you push and the wall doesn't fall, part of that force goes back into you, opening up cracks in your own society.
So I ask myself, if I were a German and I read Seymour Hersh, well, of course, I cannot openly say that I believe what he said, but I read him. You'd be thinking,
"Why are we in this position?" You are French, why are you in this position? If we are not careful, we will see conditions which will lead to a resurgence of the right,
of the AFD in Germany, of Le Pen in France. So Europe is in a very difficult position, and the lack of clarity about Europe's future is very troubling. What is the end point? Let us say in the coming months,
the Ukrainians make great advances. Where do you stop? Do you know when to stop? If you don't stop, then Russia will be forced to escalate. If the opposite happens, in the next few months Russia makes great gains,
and it doesn't know when to stop, then NATO will be forced to escalate one more cycle. I hope both sides will have a wisdom to know when to stop so that there is
some stability, and the stopping point will lead to a partition of Euro- of Ukraine.