Discussion on Youth Issues and Politics
Est faite dépend du Parti communiste.
Alors, je voudrais pas que notre entretien
s'achève là.
Il est-
Bah, il est treize heures vingt-sept déjà, monsieur Mitterrand.
Nous allons jusqu'à treize heures trente-quatre.
Puis nous avons encore à parler sport. C'est un sujet qui vous intéresse.
Nous avons à parler avec Daniel Balavoine aussi.
Permettez. Je voudrais dire que limiter-
Je peux partir hein, si
vous voulez. Ça fait trois quarts d'heure que je suis
là et je m'ennuie d'entendre
des bêtises. Alors maintenant, si je peux rien dire avant la fin de
l'émission, je
parle pas pour vous, monsieur Mitterrand, parce que moi, j'avais pris plein de
notes en venant dans votre rédaction. Non, j'aurai pas le temps.
Je le sais déjà que j'ai pas le temps. J'ai juste le temps de me mettre en
colère.
Vous voulez commencer maintenant ?
Non, c'est le système de l'information
française qui fait comme ça.
J'aurai le temps, une minute, de m'énerver,
juste de m'énerver et de paraître pour
un petit merdeux, un petit jeune de plus qui fout la
pagaille partout.
Je préfère m'en aller tout de suite.
Si j'avais su que je n'aurais rien dire, j'aurais dormi beaucoup plus tard.
Monsieur Mitterrand souhaitait votre présence,
Daniel Balavoine, dans ce studio pour parler des problèmes
de la jeunesse.
Je pense que nous aurons eu le temps.
Bah nous pouvons en parler si vous voulez par contre.
Nous aurions eu le temps d'en parler. C'était de cela et non pas de chansons.
Revenons et parlons-en tout de suite.
Et c'était pas de chansons dont il était question. Euh...
Je peux dire une chose importante.
Vous avez parlé pendant dix minutes au moins de l'affaire Georges Marchais, dont
tout le monde se fout strictement.
Je vous signale que la jeunesse française se fout strictement de ce que monsieur
Marchais faisait pendant la guerre. Ça lui est complètement égal.
Ça intéresserait plus la jeunesse de savoir ce qui se passe et comment le Parti
communiste encaisse de l'argent pour le dépenser après, notamment à la mairie de
Bagnolet. Ça intéresserait mieux de savoir comment
Gaston Deferre dirige sa mairie
socialiste, qui n'est pas un modèle de société à
Marseille.
Ça intéresserait plus de savoir les jeunes Français, comment monsieur Raymond
Barre, qui est arrivé il y a cinq ans ou quatre
ans ou je ne sais plus combien de
temps, a dit que les salaires ne seraient pas
diminués, mais qui a augmenté les
cotisations de sécurité sociale.
C'est beaucoup plus intéressant que tout ce que vous racontez.
Georges Marchais, on s'en fout de Georges Marchais,
il faut le savoir, ça.
De ce qu'il faisait pendant la guerre, ça nous est complètement égal.
Le problème de drogue, de la façon dont le traitent les,
les ministres français, on
s'en fout. Il n'y a jamais eu un jeune ministre de
la, de la Jeunesse en France.
Il n'y en a jamais eu, c'est tous des vieux.
Regardez monsieur Soisson.
Enfin, vous n'allez pas me dire que c'est un,
un homme représentatif de la
jeunesse. Regardez comment je suis habillé.
Ils sont plus souvent habillés comme moi, les jeunes, que comme monsieur Soisson.
Il faut quand même pas rêver. Tout ça, ce sont des bêtises.
J'ai encore pris plein de notes au fur et à mesure que vous parliez.
Ce que je voudrais savoir, ce qui m'aurait intéressé,
c'est de savoir à qui les
travailleurs immigrés payent les loyers qu'ils payent.
On a vu tout à l'heure des gens qui disaient :
On paye sept cent francs par mois.
Moi, je voudrais savoir qui encaisse de
l'argent pour louer des poubelles
pareilles. C'est ça que je voudrais qu'on me dise.
C'est pas de savoir comment on peut faire pour changer.
Je voudrais qui ose tous les mois demander sept cent francs à des travailleurs
immigrés pour vivre dans des poubelles et dans des taudis.
Ça, c'est ça que je voudrais qu'on m'explique,
parce que moi, je ne le sais pas.
C'est pas l'infor-- l'information qui me le dit.
Je voudrais savoir pourquoi monsieur Boulin a été suicidé ou s'est suicidé ou
on ne
le saura jamais, pourquoi monsieur Fontanet a été
assassiné, pourquoi l'affaire de
Brogly n'a jamais été éclairée, pourquoi le juge Renaud,
on ne sait pas ni pourquoi
ni comment il a été assassiné. J'en ai d'autres.
La seule chose que je peux vous dire, monsieur Mitterrand, j'en profite de vous
avoir parce que je suis fier d'être là. Je peux vous le dire.
Vous— on s'en aperçoit peut-être pas, mais vous pouvez pas imaginer ce que c'est
pour un jeune d'avoir la possibilité de parler une minute.
C'est pour ça que j'avais peur de pas pouvoir parler,
parce que ça n'arrive jamais.
Il faut bien se mettre ça dans la tête. Non, non, ça n'arrive jamais.
Regardez l'émission qu'il y a eu hier soir sur Antenne deux, les dossiers de
l'écran. Enfin, vous n'allez pas me dire que les,
les mômes qui étaient concernés
par la contra-
Nous-mêmes, nous vous avons donné assez fréquemment la
parole déjà.
Je sais bien. Je sais, mais on est obligé.
Écoutez, vous exagérez l'information, je suis obligé de l'exagérer moi aussi
pour
résumer. Je la résume à ma manière. J'essaie de lire rapidement mes notes.
Ce que je peux vous donner, en tout cas, c'est généralement, c'est un
avertissement. J'ai peut-être du culot de faire ça.
Je suis obligé de le faire comme ça parce que je dois faire vite.
Ce que je peux vous dire, c'est que la jeunesse se désespère.
Elle est profonde- profondément désespérée parce qu'elle n'a
plus d'appuis.
Elle ne croit plus en la politique française.
Et moi, je pense qu'elle a, en règle générale, en résumant un peu,
bien raison.
Ce que je peux vous dire, c'est que le désespoir est mobilisateur et
que lorsqu'il
devient mobilisateur, il est dangereux et que ça entraîne le
terrorisme, la bande à
Baader et des choses comme ça. Et ça, il faut que les, les,
les grandes personnes
qui dirigent le monde soient prévenues que les jeunes vont finir par virer du
mauvais côté parce qu'ils n'auront plus d'autres solutions.
Voilà, et je vous remercie de m'avoir laissé
parler.
Monsieur Mitterrand, vous vouliez diali- dialoguer avec un jeune.
Vous l'avez écouté avec, avec beaucoup d'attention.
Ce qui m'intéresse beaucoup, c'est que
cette façon de penser,
de réagir et aussi de s'exprimer, parce qu'en fait,
Daniel Balavoine s'exprime par
l'écrit et par la musique.
Et droit de cité,
puisse être entendue et donc puisse être comprise. Il le dit à sa manière.
Il est responsable de ses paroles.
C'est,
c'est un citoyen comme un autre, mais typique.
Et quand je dis typique, c'est parce qu'il représente,
à mon sens,
des centaines de milliers de jeunes.
Conditions de vie, où,
dans quelle banlieue,
quel logement,
quel loisir, entrant dans une société bétonnée
qui se ferme partout devant eux, avec le chômage pour perspective.
Je pense que quelqu'un qui sait dire et chanter, c'est-à-dire exprimer
sous la forme de l'art, un drame vécu de cette force, devait
être entendu lors d'une émission de ce genre.
Voilà pourquoi-
Mais quand Daniel Balavoine parle, effectivement,
il rejette bon l'information,
c'est un autre problème, mais j'ai l'impression qu'il rejette tous
les hommes
politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche,
vous-même, monsieur Mitterrand.
Il a, il a le droit. Et pourquoi pas moi ? Il a le droit.
Moi, je suis pour, pour que tout soit dit et pour que tout
homme politique puisse
être mis en question. Ça m'arrive tous les jours.
Et si cela devait arriver avec Daniel Balavoine, eh bien,
j'écouterai quand même ce
qu'il a à me dire. Alors voilà pourquoi cela ne doit pas
amener un
deuxième incident de séance au cours de cette émission.
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