Adèle Haenel discusses her new book
Si vous voulez, c'est pas moi qui suis en colère,
c'est le monde qui me met en
colère. Et c'est peut-être ça sur lequel il
faudrait travailler plutôt que de le
folkloriser en disant à cette personne, elle est toujours énervée.
L'actrice Adèle Haenel est connue pour ses rôles sur grand écran, mais aussi pour
le grand rôle qu'elle a joué dans l'industrie du cinéma.
Son indignation à l'attribution du César de la meilleure réalisation à Roman
Polanski en deux mille vingt a marqué un tournant dans le mouvement MeToo.
Aujourd'hui, elle signe son premier ouvrage,
Viser juste.
Pour moi, l'intérêt de partager ce livre et cette
expérience, c'est pas tant de
partager ma vie, mais d'essayer d'extraire de ma vie ce qui
peut être utile
pour d'autres personnes. Le livre, c'est pas une autobiographie,
mais il y a du
matériau autobiographique dedans. Et ça m'a pris du temps de l'écrire.
Déjà, c'est la première chose. Et par ailleurs,
j'avais aussi envie que
l'affaire judiciaire soit derrière moi pour pouvoir parler comme je le veux.
Le langage judiciaire, il a, entre guillemets, il peut être critiqué,
mais je pense
qu'il a complètement raison d'être dans le cadre judiciaire.
Le problème, c'est que ça devient l'unique manière de
pouvoir raconter les récits
avec une pleine lumière sur tous les détails de notre vie,
avec aussi un intérêt
pour les gestes faits, pour
l'agresseur en lui-même. Savoir, je veux dire, par exemple,
la gravité d'un,
de, d'une agression sexuelle va être mesurée,
à savoir combien de doigts, en fait,
dans la culotte, à quel endroit était la main sur la
poitrine.
Probablement que pour la manifestation de la vérité qui est adossée à un cadre
pénal et à une punition, c'est important, mais par contre, ça ne
peut pas avoir le monopole de description de ce qui se passe dans ces moments-là et
que, en ce sens, pour moi, c'était important d'écrire,
de retranscrire aussi l'expérience vécue d'un enfant dans cette situation, de la
disparition de cet enfant vécue du point de vue de cet enfant, c'est-à-dire aussi
dans un monde qui n'est pas celui du langage judiciaire, en fait.
J'espère que ça, que ça peut soutenir les personnes
dans leur expérience propre.
Pour moi, c'est important de, si je m'affaire à essayer de construire un
objet,
c'est parce que j'espère qu'il encourage.
J'essaie de poser un cadre dans lequel il est possible de faire une expérience de
vie.
Je ne sais pas comment on la qualifie autrement que de puissante,
mais au sens de
se sentir vivre, en fait, en relation avec les autres.
J'aspire à un monde
où toutes les vies soient respectées et toutes les enfances puissent
être vécues. Je pense que c'est un bon axe politique.
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