Information Manipulation in Modern Media

Quand j'étais militaire, j'étais formé à l'OTAN sur les,

ce qu'on appelle les

techniques de information operation.

En gros, ça, c'est le terme, on va dire, politiquement correct.

En gros, manipulation de l'information.

C'est-à-dire qu'on nous apprenait comment, sur un théâtre d'opération, il fallait

présenter l'information pour que les autorités civiles ou militaires, les

journalistes, un certain nombre de choses, gobent les choses et

bref, un certain nombre de choses pas forcément

acceptables le deviennent.

Quand je regarde la télé comme un, je veux dire, en étant des deux côtés,

c'est-à-dire l'homme de la rue et ayant suivi cette formation, je vois en fin de

compte que ces techniques, elles se sont répandues partout et qu'on

est

effectivement sur, alors le, le mot est peut-être un peu fort,

mais une forme de

censure qui dit pas son nom, dans une forme de manipulation de,

des individus.

Et je pense qu'en ce moment, avec les derniers,

les derniers événements, elle est

encore à l'œuvre. On l'a vu sur des, sur des tas de questions,

notamment dans la

région du Proche et Moyen-Orient.

Bref,

on est dans, il faut quand même appeler un chat un

chat, on est sur des techniques

de manipulation. Il faut comprendre ce que c'est que

l'administration française,

notamment dans le domaine, dans le domaine régalien.

En gros, pour un exécutif, on a un certain nombre de chefs,

sous-chefs.

Autrement dit, on a un certain nombre de gens qui ne

produisent rien.

Les médiocres.

Éventuellement. On va dire, disons, de gens non productifs.

Ces gens-là, dans la fonction publique, ils doivent progresser parce qu'ils sont

issus de certains sérails et autres.

Et il y a un maître mot, c'est quand on ne fait rien,

on ne peut pas se tromper.

C'est vrai.

Donc, on a une fossilisation à différents

niveaux

euh, de, de, de gens qui, au contraire, devraient parler.

Et les militaires, on leur reproche leur devoir de réserve.

Mais souvent, ça ne veut pas dire qu'ils ne font pas

preuve, un, d'initiative,

deux, d'une certaine liberté de parole dès que

ça n'engage pas la défense.

Le problème, c'est qu'ils sont très vite rappelés à

l'ordre.

Il faut quand même rappeler que depuis 1980, les généraux sont nommés par le

pouvoir politique, non plus par les militaires, ce qui,

ce qui est une forme,

disons, de contrôle qui dit pas son nom.

Mais effectivement, cette fossilisation, cette stratification à l'extrême

euh, des entités gouvernementales et en

particulier des services de renseignement

fait que, ben, on est dans une inertie totale.

Moi, j'ai vu, je connais souvent des cas où à

l'étranger, le renseignement se fait

dans les cocktails, se fait pas dans la médina,

se fait pas dans les-- sur le

terrain, ne se fait pas au contact des gens.

Le problème du renseignement, c'est que vous pouvez collecter autant

d'informations

que l'on veut. Il faut qu'après, les chefs aient envie de l'écouter,

de le traiter,

d'y croire. Il faut surtout pas que ça vienne euh,

déranger la vision préétablie. Les journalistes n'évoluent plus,

n'évoluent plus

dans un monde seul. Il faut-- euh, il a parlé d'agences de, de production,

il y a

aussi des agences de com. Et le principe de l'info-op,

c'est d'allumer des feux,

des contre-feux. C'est-à-dire en gros, au moment où une information pertinente

sort, elle est-- on s'arrange pour qu'elle soit noyée.

En fait, ce système de feu et de contre-feu permet

effectivement, ben de noyer le

poisson et d'atténuer un certain nombre de, de très bonnes, de, de très bons

articles, de très bonnes réflexions.

Mais le problème, c'est qu'effectivement euh,

les journalistes ne sont pas seuls.

Ils sont maintenant dans un contexte économique qui est extrêmement contraint

et le

pouvoir de l'argent, les moyens, hein euh, c'est aussi aller sur le terrain et

tout, ça coûte cher maintenant. Et je crains que le,

l'état d'urgence soit un alibi, euh, on prenne justement

des, des éléments euh, factuels pour mettre en place quelque

chose qui, qui dit pas son nom, la surveillance de la société.

Il faut comprendre que nos décideurs sont paniqués par le changement de la société.

Ils sont passés d'une société pompidolienne où on avait des élites qui

parlaient à

la base, laquelle prenait ça comme une vérité

révélée, à un monde horizontal,

euh, collaboratif, où les gens peuvent vérifier

l'information.

Une information sur Internet, elle existe dix ans après,

on peut la croiser.

C'est-à-dire que le citoyen, pour peu qu'il veuille être intelligent,

a les moyens

de le rester et de développer son intelligence collective.

Et ça, ça fait peur à nos dirigeants.

Parce que bon sens, ça veut dire qu'ils ne sont plus cette

élite révélée et qu'en

gros, ben zut, le peuple se met à réfléchir,

à penser et en plus à être intelligent

alors qu'on passe notre temps à les prendre pour des cons.

Je pense que, euh, on peut pas avoir un État fort,

une démocratie forte si elle est

pas respectueuse de ses citoyens.

Et le premier des respects, c'est s'assurer que ce citoyen va,

est capable de

développer un esprit critique. Et je reste persuadé que la culture,

l'éducation

et le maintien de cet esprit de citoyenneté, d'esprit critique, voire de

résistance, parce que, au sens premier du terme, et euh, a

été oublié euh, par nos politiques.

Alors, je pense que c'est, alors, je vais pas dire le premier des crimes,

mais leur

premier de leurs fautes euh, une faute grave.

Alors certes, ça les arrange peut-être.

Il est plus facile de gérer des consommateurs que des citoyens,

mais je pense que

c'est à ce prix-là qu'on va peut-être préserver notre démocratie.

Il faut pas que ça reste un mot galvaudé.

Je pense que ça se construit tous les jours.

Moi, je me souviens, j'avais un-- je faisais une intervention à Sciences Po

où un

jeune m'expliquait : Mais monsieur, vous avez rien compris.

Parce qu'en fin de compte, si nos parents et nos grands-parents ont

fait des

sacrifices, c'est pour qu'on n'ait plus à en faire.

Ce jeune-là, en gros, pensait comme un consommateur. Ça y est,

maintenant...

Je lui ai dit : Mais non, la liberté se défend tous les jours.

Vous aurez à la défendre pour vos parents, pour vos enfants et c'est une chaîne

sans fin. Donc c'est un combat de tous les jours.

Il est sûr que si on lobotomise les gens, ben ils vont raisonner.

Ah ben, je vais profiter du dernier Apple ou

dernier truc, maintenant, je peux

vivre. Ça, ça n'existe pas. Enfin je veux dire, c'est un mythe.

End of transcript · 1,115 words

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