French Debt Crisis and Economic Concerns

La marée monte. Tant que la marée monte d'une façon

supportable, c'est pas grave.

Mais aujourd'hui, la marée monte d'une façon qui est en

train de devenir totalement

insupportable. C'est-à-dire qu'on est en train de passer

le

moment où c'est incontrôlable. Il y a un moment où la dette reste

contrôlable, puis il y a un moment où elle s'emballe.

Et elle s'emballe quand

elle crée les conditions pour augmenter en permanence et qu'on n'a plus les moyens

d'arrêter cette croissance.

Et elle s'emballe, Jacques Attali, parce que les taux d'emprunt français

flambent. C'est ce qu'on entend ?

Elles s'emballent en effet par une série de circonstances.

Elles s'emballent par le fait que nous avons un déficit primaire,

c'est-à-dire hors

du service de la dette, on est en déficit, ce que pratiquement plus aucun pays en

Europe n'est, sauf nous. Et que donc on n'a pas d'argent pour

rembourser le service

de la dette. Parce que le service de la dette est de

plus en plus élevé, parce que

le taux d'intérêt augmente et parce que notre croissance est de plus en plus

faible. Donc, le triangle taux d'intérêt, service de

la dette et taux de croissance est dans une situation

d'une constellation épouvantable.

Oui, mais nous sommes la France.

Voilà ce qu'on me répond quand je pose cette question à certains responsables

politiques qui me disent oui, très bien, sauf qu'au fond, on est un pilier de

l'euro. Il y a la Banque centrale européenne.

Aucun de nos partenaires n'a intérêt de voir aller la France au

tapis. Donc, au fond, parce que nous sommes la France,

on continuera à nous

emprunter et il n'y a pas péril en la demeure.

C'est en effet notre chance et notre malédiction.

C'est notre chance parce qu'on est un très grand pays, très riche en soi.

C'est notre malédiction parce qu'on croit à ça.

Et c'est comme celui qui tombe du soixantième étage jusqu'au premier étage,

tout va

bien. Nous en sommes là. Euh, mais on nous laissera

tomber.

Qui nous laissera tomber ?

Tous. Parce que

regardez,

si à un moment, il faut nous aider,

euh, le Fonds monétaire, quand il a fallu aider la Grèce,

n'avait pas l'argent pour

aider la Grèce. Il a été obligé de chercher de l'argent au

Japon et dans les pays

d'Asie. La Grèce, c'est le dixième de la France.

Donc, le Fonds monétaire ne pourra pas.

La Banque centrale européenne pourrait, si l'Allemagne

donne son feu vert pour que la

Banque centrale nous aide et pour que la Banque centrale nous aide

avec l'accord de l'Allemagne, il faudra en passer par des conditions

épouvantables. De plus en plus.

Des conditions épouvantables ? C'est-à-dire toutes les réformes qu'on n'a

pas

faites avant, il faudra les faire maintenant, c'est ça ?

Plus encore. Ce sera encore plus sévère.

Euh,

l'Allemagne exigera un certain nombre de choses qui lui permettront soit de

gagner beaucoup par rapport à nous,

soit nous mettrons en situation où l'Allemagne sera tellement inquiète de ce

qui se

passera qu'elle dirait : Je passe.

Et je préfère ne rien faire parce que si je le laisse

faire,

c'est ma monnaie à moi qui va tomber.

Et donc, je préfère que la France sorte ou qu'elle

vive sa crise jusqu'au bout.

Il n'est pas exclu que l'Allemagne, surtout si l'Allemagne évolue vers

l'extrême

droite, se dise ça. Les réformes qu'on devrait faire,

celles qu'il faudrait

faire en cas de crise extrême...

Ça s'appelle l'austérité.

Beaucoup plus que ça. Non seulement il faudra faire ce qu'on

devrait faire depuis

longtemps, c'est-à-dire cesser d'augmenter les

retraites et les baisser.

Non seulement il faudra faire un grand nombre d'économies de toutes petites

choses.

Ce n'est pas les programmes des candidats, en particulier le faux programme de

madame Le Pen.

On va en parler.

Qui est... Mais il faudra aller beaucoup plus loin.

Il faudra augmenter l'âge de la retraite à soixante-six, soixante-sept ans tout de

suite. Il faudra réduire les retraites de vingt

pour cent.

Et la dernière étape qu'on nous demandera, je le dis parce qu'il faut que les gens,

les Français réalisent, ce qu'on nous demandera, c'est on dira :

Écoutez, vous avez

une très forte épargne. Les Français, on ne se inquiète pas, vous avez beaucoup

d'épargne. Donc, emprunt forcé. Vous êtes obligé de

prêter. Ce n'est pas grave. Vous allez prêter à trois pour cent à

l'État, ce n'est

pas grave. Donc, les Français diront que ce n'est pas

grave.

Puis, dans quatre, cinq ans, on oubliera de nous rembourser cet

emprunt. L'emprunt forcé se termine toujours par un

impôt.

L'emprunt forcé se termine toujours par un impôt.

Donc c'est ça qui devrait inquiéter les Français, c'est que ça peut se terminer

avec une main basse sur l'épargne des Français.

C'est ça que vous nous dites, Jacques Attali.

C'est ce qui s'est passé en Grèce, c'est ce qui s'est passé au Portugal,

c'est ce

qui s'est passé dans tous les pays qui ont mis du temps à réagir.

End of transcript · 839 words

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