Boulangerie vandalisée : débat sur l’origine des casseurs
Nous avons ouvert le deux octobre dernier après cinq ans
de dur labeur
entre les autorisations administratives, les demandes de financement, parce qu'en
fait, c'est vraiment une boutique qu'on a
autofinancée.
Et euh-
Ça veut dire que vous avez des dettes sur le dos.
Exactement.
Et là le, et là, on voit les dégâts sur votre boulangerie
avec
des A d'anarchie qui ont été tagués, le magasin vandalisé.
C'était vraiment une meute. Ils se sont pris d'abord à la façade de
la boulangerie. Bon, là, j'ai pas, j'ai j'ai pas les images,
mais la façade de
la boulangerie a été démontée, mais de manière
militaire et organisée. Effectivement, je les ai vus, ces jeunes.
J'ai entendu leur voix, j'ai entendu leur rire.
Vous avez compris d'où, d'où, d'où ils venaient à ce moment-là ?
Je voyais les jeunes.
On voyait des jeunes, mais ce n'était pas des jeunes de nos
quartiers.
Ce ne sont pas des habitants. Le quartier de la place,
'fin de la place de la
République. Ce sont des jeunes qui sont venus
d'ailleurs, qui étaient cagoulés.
Qu'est-ce que ça veut dire quoi, qui venaient, qui venaient d'ailleurs ?
Ben qui venaient, 'fin qui venaient des, 'fin qui venaient des banlieues.
Aujourd'hui, on va nous reprocher de, de, de, 'fin de parler de la banlieue en
disant que si on en parle, si on dit que ces jeunes viennent de
banlieue, qu'on
stigmatise les banlieues. Ben moi, je suis pas d'accord.
Moi, je viens de la banlieue. J'ai grandi là-bas.
Moi, ce que je n'a-, ce que je, ce que je n'admets pas, c'est qu'on laisse
éclater la violence, qu'on excuse la violence par une misère
sociale. La misère sociale n'explique pas tout.
Toutes les banlieues ne sont pas violentes et tous les gens pauvres ne sont pas
violents non plus.
Non, ce que vous voulez dire, c'est qu'il faut nommer les choses quand
elles se
passent quoi, c'est ça, sans avoir peur.
Exactement.
Et pas dire qu'on stigmatise ou quoi que ce soit.
Il y avait des casseurs, ils venaient de tel endroit, point barre.
Tout à fait. Et point barre. Et c'est la vérité.
Ça, vous n'en savez rien. Enfin, je veux dire l'origine de...
Vous savez pas, vous avez pas, vous savez pas où ils habitaient.
Je veux dire, moi, je vous entends bien.
Vous avez eu l'impression que c'était des jeunes de banlieue, mais que je sache,
ils vous ont, ils vous ont pas laissé leur adresse,
à mon avis, ni leur dernier
relevé de quittance de loyer.
Non, mais effectivement, non, mais effectivement-
Faut faire attention.
Non, mais enfin aujourd'hui, on fait tous dans le politiquement
correct.
C'est pas du politiquement correct, c'est qu'il faut être factuel.
En tout cas, moi,
c'est mon constat. Ok ? On peut ne pas avoir le même constat et je
le conçois.
Et je parti-, 'fin et je respecte votre opinion,
mais moi,
je veux simplement dire ce que moi, j'ai vu, ce que j'ai entendu.
Et c'est une histoire qui m'appartient à moi, ok, tout comme elle
appartient à toutes les personnes qui ont été touchées par-
Attendez, que je comprenne bien. Ce que vous voulez dire,
c'est qu'il y a des
espèces de,
de codes ou de manières de, d'être, de dire, de parler qui vous font
penser à.
Exactement.
Qu'est-ce que vous auriez envie de leur dire à ce moment-là ?
Non, mais à ce moment-là, j'étais tellement en colère que, en
fait, je me parlais à moi-même.
C'est quoi cette colère-là ?
Je hurlais dans la rue, mais rentrez chez vous, vous n'avez
absolument rien à faire là. Rentrez chez vous.
Je ne, je voulais juste qu'ils rentrent chez eux.
Ben ça, c'est, c'est une réalité, ça aussi.
Ben je sais pas. En l'occurrence, moi, en l'occurrence, dans la rue, vous savez
repérer quelqu'un qui habite dans le dix-neuvième arrondissement de Paris,
quelqu'un qui habite à Bobigny, quelqu'un qui habite à Pantin, à Banlieue.
Par rapport aux habillements ou aux-
Non, c'est pas sérieux.
Le jeune de banlieue, vous savez le repérer comme ça ?
Non, par rapport aux habillements et au, à la manière parfois de parler.
Vous avez pas la même chose entre des jeunes du seizième,
des jeunes de Bobigny ou
quoi que ce soit.
Ils se font honte à eux-mêmes. C'est, ils, oui, ils se,
'fin, ils ont atteint nos commerces. Ok ?
Ils nous ont atteints moralement, mais nous sommes debout
malgré les blessures, malgré les stigmates.
Mais eux, qu'est-ce qu'ils construisent ?
Qu'est-ce qu'ils vont faire de leur vie ?
Toute leur vie, ça va être ça, de terroriser,
de terroriser des entrepreneurs, de terroriser des salariés, de terro-, de
terroriser des résidents d'un quartier.
C'est ça leur avenir ?
Vous avez un discours très intéressant, Jimima, parce que vous supportez pas
justement d'entendre certains discours qui justifient les violences en disant :
faut le comprendre, il y a la misère, il y a une exaspération.
On a même entendu parfois des témoignages pour dire : Bon, nous, on n'a pas
d'argent, on vient servir aujourd'hui, on vient compenser.
Ça, vous supportez pas d'entendre ces mots-là
?
Mais absolument pas. Mais c'est juste inaudible, c'est
impensable. C'est une insulte envers tous ceux qui
travaillent, tous ceux qui construisent quelque chose.
On a mérité ce qu'on a construit.
Vous êtes pas née avec une petite cuillère en argent dans la bouche, loin de là.
Vous dites : On a le choix dans la vie, on devient ce qu'on veut.
Mais bien sûr qu'on a le choix. Il n'y a pas de, 'fin,
il n'y a pas de fatalité.
Le déterminisme, pour moi, n'existe pas.
On conditionne nos vies par rapport au choix que l'on en fait.
On ne peut pas réduire la
violence à la pauvreté.
La violence n'est pas une condition de la pauvreté ou la pauvreté n'est pas une
résultante de la violence. On prend les choses comme,
comme on veut. Encore une fois, moi, je le dis, dans la vie, on a le choix.
Est-ce qu'on va devoir se défendre nous-mêmes ?
Moi, j'ai vu certains commerçants sur des vi-,
sur des vidéos tenter de se défendre
eux-mêmes et être,
et être passés à tabac.
Là, on rentre dans autre chose. Là, on rentre dans une société de-
De très violent.
D'u-du-d'une société qui n'a plus, 'fin qui n'a plus de valeur,
d'une société qui
n'a plus de cohésion, qui ne peut plus, qui ne peut plus vivre ensemble.
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