Un TikTokeur dénonce des violences policières après la manifestation du 17 octobre

Juste pour vous dire que de toute ma vie, on m'a jamais humilié comme ça.

C'est pas mon habitude de faire ce genre de vidéo, mais voilà, je sors de

soixante-douze heures de garde à vue parce que j'ai manifesté le 17 octobre. Voilà.

On m'a accusé d'avoir cassé des, euh, magasins et d'avoir

vandalisé en mode j'ai volé des trucs et tout, alors que que neni, j'ai rien

fait du tout. Lors de mon arrestation, euh, il y a un policier qui m'a clairement

mutilé. Voilà, en mode j-- on m'a fait des points de suture.

Je suis parti à l'hôpital pour qu'on me fasse des points de suture. Voilà.

Et carrément, je vais essayer de l'ouvrir parce que ce

qu'on m'a fait-- Oh ah

putain non, c'est trop. Bref, en tout cas, je disais que de l'arrestation, il y a

un policier qui m'a tellement violenté, il nous a tellement frappé avec une

matraque que voilà, j'ai fini avec le bras mutilé.

Une fois au commissariat, euh, on m'a placé en garde à vue.

On était huit dans des cellules qui accueillaient trois personnes.

Du coup, quand il fallait dormir, euh, on se relayait.

Il y avait trois personnes qui devaient rester debout et les cinq autres, ils

s'entassaient, mais genre vraiment l'un sur l'autre.

Même à cinq, ils étaient serrés. Dites-vous qu'on était huit.

Pendant les premières vingt-quatre heures, on m'a refusé, genre, d'aller à

l'hôpital. Il a fallu trente-six heures. Trente-six heures.

Lorsque j'ai fait un malaise, on m'a emmené à l'hôpital.

Et même l'hôpital, ils m'ont dit : Mais on n'attend pas vingt-quatre heures,

plus

de vingt-quatre heures pour faire des points de suture.

Mais bon, on va dire que la bavure, ils ont vraiment pas fait exprès.

En arrivant au commissariat aussi, ils m'ont reconnu de TikTok,

certains policiers.

Ils se sont amusés à me snapper. Donc, si vous tombez sur des vidéos de moi,

ils me

sn-snappaient en disant : Ouais, eh, le tiktokeur, il est en cellule, nanana,

regardez. Bref, quand on me servait à manger,

on me servait à manger

froid exprès et on me disait : Mange, fais des dégustations comme tu faisais

sur TikTok devant nous. Voilà, on me dit que t'étais personne, que, euh,

là, je

suis pas sur TikTok, je suis dans la vraie vie alors que j'ai

jamais mentionné que

j'étais sur les réseaux. Voilà, je venais faire ma garde à vue.

Même si j'avais rien à me reprocher, j'attendais d'être écouté, mais je me suis

fait insulter. En plus, on était huit dans des cellules qui

accueillaient trois

personnes. Donc quand il y avait cinq personnes qui

luttaient pour dormir, en plus,

ils étaient serrés, nous, les trois autres, on devait rester debout.

On pouvait même pas s'accroupir, on pouvait pas s'asseoir toute la nuit et

on se

relayait. La journée, c'était nous, on dormait.

Bref, c'était, c'est du grand n'importe quoi.

Toujours dans le même commissariat, on nous servait seulement deux verres

d'eau par

jour. Seulement deux. On n'avait pas le droit de faire caca,

donc d'aller à la

selle. Voilà. Ils nous disaient que si on avait le

malheur de faire caca aux

toilettes, déjà, ils ont retiré le papier toilette,

ils nous ont dit qu'ils

allaient nous faire traîner genre tout le long des cellules, comme ça, tous les

détenus, ils nous voient tout nus.

Genre, en mode, ils allaient nous faire une petite balade

tout nus, histoire qu'on

s'affiche. On m'a même aussi demandé de manger à

quatre pattes comme un chien parce

qu'un policier a dit que j'étais un gros chien d'avoir cassé Paris et que c'était

avec ses impôts, alors que moi, je n'ai rien cassé, je précise.

Bref, je me suis fait écouter. On m'a pas autorisé à prendre un avocat,

que ça soit

commis d'office ou l'avocat de ma famille. On n'a pas prévenu mes proches.

Tous mes amis, ils étaient morts d'inquiétude.

Ma mère, elle était morte d'inquiétude et

heureusement, il y avait des amis qui ont

appelé ma mère. Ils m'ont cherché dans tout Paris,

ils ont cherché les dernières

localisations et ils ont compris que, euh, j'étais du coup au commissariat du

dixième arrondissement. Après ces quatre jours, euh,

j'ai été jugé.

Genre, en mode, c'était un petit jugement, en mode, je parle avec la juge et tout.

Elle m'a plus ou moins relaxé parce que j'ai rien fait.

J'ai rien fait, mais j'aurais quand même un jugement.

Et en attendant, je suis en contrôle judiciaire.

Voilà, je dois pointer tout, euh, toutes les semaines au commissariat

alors que je n'ai rien fait. On m'a interdit d'aller à Paris,

genre de mettre un

pied à Paris. On m'a interdit de manifester,

on m'a mis un couvre-feu et en

plus, je n'ai pas le droit d'adresser la parole

à mes amis qui étaient présents,

c'est-à-dire Jeepet. Je n'ai pas le droit de lui parler jusqu'à

la fin de la

procédure. Désolé, on m'a appelé, mais en tout cas, Jeepet,

j'ai pas le droit de

lui parler jusqu'à la fin de la procédure. Enfin, c'est mon amie, Jeepet.

Genre, moi et Jeepet, on peut pas se parler,

que ça soit sur les réseaux et même

dans la vraie vie. Ils ont dit qu'ils allaient localiser nos

téléphones et que si

on se retrouvait ensemble, ils allaient nous, euh...

Comment on appelle ça ?

Ils allaient nous emmener en prison cash. Oui, c'est ça. Voilà.

En tout cas, au tribunal, je-- au tribunal, j'ai,

j'ai passé aussi une journée.

C'est pour ça, ça fait quatre jours.

Même s'ils étaient très sympas là-bas, genre, euh,

on m'a mis plein d'interdictions

alors que je n'ai rien fait. Donc maintenant, je peux plus manifester.

Voilà, je peux plus revendiquer mes droits en

tant qu'étudiant, euh, que en tant

que conducteur pour le gasoil et tout.

Enfin, ce qui se passe en France, c'est n'importe quoi.

Il y a plein de gens, je les ai vus, ils ont volé juste du jambon.

Il y a une personne qui m'a choqué parce qu'il a volé du jambon au Monoprix et là,

il s'est pris genre trois mois, trois mois de, de prison.

Ok, même s'il avait un casier judiciaire.

Maintenant, les magasins, ils étaient ouverts, il s'est servi,

il a pris, euh,

trois mois de prison. En tout cas, voilà, c'est tout ce que j'avais à dire.

C'est pour ça que j'étais pas présent.

Genre quatre jours, c'est, c'est quand même long.

Euh, je peux plus parler avec mes amis. Je pense que là,

je vais aller voir un psy.

Déjà, là, même maintenant, là, tout de suite,

je vais aller faire des tests.

Je vais aller voir un médecin parce que j'ai attrapé des plaques.

Voilà, j'ai attrapé des sales trucs à cause de

l'insalubrité, l'insalubrité des locaux. Voilà.

Donc nos revendications étaient donc bonnes.

Voilà, vous augmentez le budget des, des militaires de l'armée,

mais vous réduisez le budget de,

du public. Comment on appelle ça ? Des dépenses publiques, c'est ça ?

Voilà. Bref, c'est tout ce que j'avais à dire.

Par rapport à la vidéo, là, que je viens de poster,

j'ai vu vos commentaires, mais juste pour vous dire que de toute ma

vie, on m'a

jamais humilié comme ça. Genre, quand je m'adressais aux gens,

tellement on était entassés,

j'étais au sol.

J'étais au sol et quand je m'adressais à eux, genre, je les regardais comme ça.

Je les regardais comme ça. On parlait super mal.

Et ma mère, elle était morte d'inquiétude, là.

Ça m'a rendu claustrophobe. Je peux plus...

Là, je--

Depuis là, j'ai pas encore dormi. Je fais que traîner dehors,

je trouve des excuses

pour aller faire des trucs dehors. On m'a retiré mon téléphone.

Je sais pas. Je peux plus rentrer chez moi.

Tout ce qu'il y a des murs et tout,

ça me fait hyper peur, les gars. J'étais avec Jeepet, du coup,

et au commissariat, elle était aussi avec une amie à elle.

Euh, il y a des gens, des, des prisonniers ou je sais pas,

des détenus, ils ont

commencé à dire des trucs archi graves, archi misogynes et tout.

Ils ont commencé à dire des trucs graves sur Jeepet, en mode qu'ils allaient lui

faire des trucs dans sa cellule et tout.

Moi, de là, j'étais-- en fait, j'ai pété un câble,

encore toujours au sol.

J'étais menotté. J'étais menotté.

Et moi, la seule réaction que j'ai, je me lève.

Les gars, je lui mets un coup de pied.

Je lui mets un coup de pied, j'étais menotté. Mais les policiers,

ils rigolaient.

On était, eh, c'était le divertissement. Franchement, c'était le divertissement.

Jeepet, pendant ces quatre jours, on s'est vus une fois.

On s'est vus une fois. Dites-vous que tellement,

on était contents de se voir, on

se disait : Je t'aime et tout. Et les gens, ils étaient là en mode :

Avant, tu

pouvais parler avec elle et tout. Et maintenant,

je peux même pas parler avec

elle. Je peux plus faire le TikTok avec elle.

Genre, eh, c'est ma meilleure amie.

Genre, wesh,

j'ai fait quoi, les gars ? J'ai manifesté. Voilà, j'ai manifesté.

En tout cas, voilà. Voilà, juste, juste pour vous montrer comment c'est.

Et bref, désolé, je suis tendu. Je sais même pas qu'est-ce qui se passe en

France.

On m'a dit que Macron, il a pris la parole et tout.

Je sais pas. Moi, j'étais, eh, j'étais coupé du monde.

La vérité, j'ai l'impression que c'est un rêve, ça.

C'est un cauchemar, les gars

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