Women's Experiences in Marriage and Work
C'était devenu des rapports sans tendresse pour moi parce qu'il me dégoûtait.
Il sentait le vin, il sentait l'alcool, mais il fallait subir.
À l'époque où vous vous êtes mariée,
qu'est-ce qu'une femme espérait de son mari ?
C'était quoi pour elle le mari idéal ?
Surtout—
attendez, déjà un homme qui avait la santé et du
travail,
c'était beau. S'il ne buvait pas,
il pouvait pas demander mieux.
On se mariait réellement avec amitié parce qu'il y avait un moment,
on se connaissait.
On se mariait avec amitié, mais pas avec amour ?
Ah si.
Ah si, quand même.
Qu'est-ce que vous faisiez comme travail exactement ?
Moi, j'allais raccommoder chez les autres.
Moi aussi, moi, j'ai fait des ménages, je faisais les ménages.
En plus de vos travaux chez vous ?
Ah oui, il fallait bien faire ça. Un homme, ça demande quand même un grand
entretien hein.
Parce que dans le temps, vous savez, il fallait beaucoup raccommoder,
on n'achetait
pas comme ça. Vous savez, il fallait remettre les cols des chemises,
les cols des
poignets des— de tout. Il fallait tout le temps raccommoder.
Même moi-même, on portait des bas avec des semelles,
madame.
Oui. Et vous aviez des machines à laver, tout ça ?
Non, mais non.
Baquet.
Baquet puis la brosse à chien dedans.
Vous avez eu des enfants toutes les deux.
Est-ce que les naissances étaient programmées ?
Comment ?
Est-ce que les naissances étaient programmées ?
Ah non, non, non.
Ah non, ça aurait été bien si ça avait été
programmé, mais on nous donnait pas le
temps de ça hein.
Est-ce que vous avez eu des enfants
?
Oui, j'en ai eu huit.
Est-ce que vous les avez souhaités
?
J'en souhaitais trois.
Il n'y avait pas de contrôle des naissances ?
Absolument pas. Il y avait absolument rien.
Euh, la seule chose qui était possible, disons que c'est si l'homme
avait daigné prendre des précautions.
Et ça, c'est—
j'ai jamais rencontré ça non plus.
Vous avez eu des avortements, non ?
Oui, oui, oui.
C'était pas tellement autorisé à l'époque.
Ah non, c'était pas autorisé hein.
On disait si on a beaucoup d'enfants,
c'est l'inconvénient, c'est que ça coûte cher.
Et puis il y a qu'une paye.
À ce moment-là, je travaillais pas.
Alors, on avait peur. On disait pourvu qu'on puisse
joindre les deux bouts.
J'avais tellement peur de me trouver enceinte, si vous voulez, que
j'aurais souhaité ne pas avoir de rapports.
En plus, c'était devenu des rapports sans tendresse
pour moi parce qu'il me
dégoûtait. Il sentait le vin, il sentait l'alcool, mais il fallait
subir, sinon c'était toute la nuit qu'il faisait
des comédies, des sérénades.
Alors pour que les enfants puissent être tranquilles et pour pouvoir être
tranquille,
il fallait subir.
J'avais souvent aussi des comédies
pour cette chose-là, parce que comme souvent, il rentrait
ivre. Bon ben, il cherchait
à la chose. Bon ben, je voulais pas parce qu'il avait bu ou
alors, il me
frappait. Vous voyez, c'était déjà un motif. Par exemple,
il me frappait.
D'ailleurs, j'en ai la marque là, vous voyez.
C'était le maître.
Moi, on me disait, mon mari me disait, enfin, mes maris me disaient : Toi, de
toute façon, tu n'es qu'une femme, tais-toi, tu ne sais pas.
Tu n'as pas le droit à la parole. C'est moi le maître ici,
c'est moi qui dois
prendre des décisions.
Jamais, je n'avais droit à la parole.
Vous avez été mariée combien de fois ?
Trois fois.
C'était la même chose les trois fois ?
Les trois fois, c'était la même chose.
Ma mère était très douce.
Alors ma mère, parce qu'elle était très malheureuse,
elle, avec mon père, alors
elle me disait : Écoute, Fernande, fais comme moi,
sois souple.
Je dis : Oui, mais des fois, maman, tu sais— Mais elle dit : Ça se passera, tu
verras. Tu verras que ça se passera, elle dit.
Et en effet, je l'écoutais, puis ça se passait.
Et vous pouviez pas vous permettre de tenir tête à vos maris ?
Ah non.
C'était des discussions.
C'était tout de même lui qui rapportait l'argent.
Qui rapportait l'argent, madame.
Tandis que maintenant, les femmes, elles sont des fois—
Mais c'est uniquement pour ça que vous étiez soumises
?
Il fallait faire— comment faire ? Ou alors à ce moment-là—
Ça aurait pas été possible.
Puis, vous savez, il fallait pas aller se plaindre chez moi.
Je sais pour moi, il aurait pas fallu que j'aille me
plaindre chez mes parents.
Tu es mariée, tu as des gosses, mais débrouille-toi,
arrange-toi.
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