Piotr Tolstoï sur BFMTV : échange tendu sur la guerre en Ukraine
Pourquoi nous refuser l'accès ?
Et qu'est-ce que vous attendez ? Vous avez refusé les visas pour tous les
Russes.
Vous avez entamé onze mille sanctions illégitimes contre
mon pays et vous attendez que la Russie vous reçoit à Donetsk.
Mais vous êtes assez naïf. On va vous recevoir à Kiev ou à la
frontière polonaise.
Piotr Tolstoï fait trembler le plateau de BFMTV en direct.
Très vite, l'interview tourne à l'affrontement.
Accusant l'Occident de mensonges et d'hypocrisie sur la guerre en Ukraine,
le vice-président de la Douma impose un discours brutal et sans
concession.
Rôle de l'OTAN, sanctions, victimes civiles.
Chaque question devient un bras de fer, le plateau vacille et la
tension monte. Ce que vous allez voir n'est pas une
simple interview,
mais une séquence explosive qui choque et dérange.
Je ne suis pas d'accord avec l'analyse que vous avez eue dans vos
discussions sur le plateau parce qu'on oublie
les bombardements de l'OTAN, de l'ex-Yougoslavie, les
bombardements de l'Irak. C'est tout à fait normal, c'est les cibles
légitimes. La Russie ne vise pas la
population civile, il vise infrastructure de l'Ukraine.
L'infrastructure de l'Ukraine sera démolie et l'Ukraine sera
envoyée à dix-huitième siècle. Je ne suis pas d'accord avec
les propos que la Russie n'a pas de succès sur le terrain, sur le
champ de bataille, n'a pas des missiles. Vous inquiétez pas.
Notre problème, c'est qu'on ne veut pas viser la
population civile. Sinon, on pouvait raser, euh,
sur le champ de bataille des dizaines de kilomètres du terrain
avec les missiles que nous avons. Il y en a assez.
Mais Piotr Tolstoï, de fait, et la journée d'aujourd'hui le montre
encore,
vous ciblez les civils. Cette maternité, ce bébé de deux jours
mort dans la région de Zaporijia, quel était l'objectif militaire ?
Écoutez, tout ce qu'il y a toujours les victimes en
guerre,
mais de votre part, c'est l'hypocrisie de dire sur
le bébé à Zaporijia qu'en pendant huit ans, vous n'avez
pas remarqué les bébés qui sont morts à Donetsk.
Il y en a plus de deux cents bébés qui sont morts à cause des
attaques ukrainiennes sur la population de Donetsk lors de
la guerre civile en Ukraine. Et ça, vous comptez pas.
C'est bizarre quand même et c'est pas du tout honnête et objectif par
rapport à vos spectateurs.
Mais c'est bien votre pays aujourd'hui qui bombarde depuis des mois
l'Ukraine. C'est bien votre pays qui, par exemple, la semaine dernière,
quand il y
a eu cette incidence aux missiles tombées du côté polonais, euh, qui a
reconnu la semaine dernière qu'effectivement, il y avait des séries de
bombardements, notamment sur des infrastructures qui
servent à la population
civile.
Écoutez, tous les bombardements qu'aujourd'hui sont
effectués
en Ukraine, c'est, euh, les coups sur l'infrastructure
énergétique de l'Ukraine, qui ne va pas permettre
de bouger à l'armée ukrainienne.
Et plus vous aidez à l'Ukraine, plus long va durer cette guerre.
C'est très simple. Et vous allez voir que de toutes les
façons,
la Russie ne peut pas perdre une guerre parce que les
puissances nucléaires ne perdent pas les guerres, comme vous le savez.
Et donc, plus vite, on passe de cette
stade de démolition de l'infrastructure de l'Ukraine à la
stade des soi-disant négociations, peut-être pas
avec les Ukrainiens, mais avec ceux qui prennent des décisions
sur le sort de
l'Ukraine. Et ce n'est pas l'Union européenne non
plus.
Attendez, Piotr Tolstoï, quand vous dites qu'une puissance-
Plus vite on passe à la stade des négociations,
moins il y aura des victimes.
Quand vous dites qu'une puissance nucléaire ne perd pas une guerre,
quand vous
dites qu'une puissance nucléaire ne perd pas une guerre, c'est clairement une
menace d'emploi du nucléaire si jamais ça se passait mal pour vous en
Ukraine, ce qui est visiblement le cas en ce
moment.
Pas du tout. C'est pas une menace. Nous, on ne veut pas utiliser l'arme
nucléaire comme l'a fait les alliés lors de bombardements
de l'ex-Yougoslavie en quatre-vingt-dix-neuf.
Quand vous avez utilisé uranium dans les missiles de
l'OTAN qui ont tombé sur le sol serbe.
Et depuis, on a des centaines de milliers de
Serbes malades à cause de ça. Mais personne ne dit ça sur le plateau des
télés parce que ce n'est pas bien pour l'Occident.
Ça gâche l'image d'être très bon et très
humaniste.
Alors, pardon, Piotr Tolstoï, je vais vous prendre au mot ce soir.
Il est vingt-trois heures. Vous nous parliez à l'instant de ce qui se
passe
dans le Donbass, du côté de Donetsk.
Ça fait des mois que notre chaîne et d'autres rédactions
françaises cherchent à aller voir ce qu'il se passe à Donetsk,
cherchent à aller voir ce qu'il se passe dans les zones contrôlées par les Russes.
Nous n'obtenons jamais de visa pour aller dans ces zones-là, parce que la
Russie nous refuse l'accès à ces zones-là.
Pourquoi nous refuser l'accès ?
Et qu'est-ce que vous attendez ? Vous avez refusé les visas pour tous les
Russes.
Vous avez entamé onze mille sanctions illégitimes contre
mon pays et vous attendez que la Russie vous reçoit à Donetsk,
mais vous êtes assez naïf. On va vous recevoir à Kiev ou à la
frontière polonaise bientôt, mais pas à Donetsk à ce moment-là.
Parce qu'il y a la guerre, il y a les soldats,
il y a le déplacement de l'armée.
Pourquoi vous croyez que vraiment, la Russie va inviter
les journalistes des pays qui mènent une guerre économique contre
notre pays pour regarder comment notre
bouge sur le front ? Vous êtes bien naïf.
Vous avez déclenché cette guerre, encore une fois, Piotr Tolstoï.
Non, c'est pas nous, on déclenché cette guerre, c'est vous,
on déclenché cette
guerre. Parce que tous les préoccupations sur la
sécurité, euh,
que la Russie, depuis des années,
a déclaré. Devant l'Union européenne, devant
les États-Unis, devant OTAN, etc.
Vous, vous avez ignoré. Vous pens-, vous avez pensé que ok, les Russes,
ils ont
per-, ils ont perdu la guerre froide, on peut faire ce que, c'qu'on veut.
On peut amener l'OTAN à la frontière de la Russie. Non, ça serait pas le cas.
Et donc, vous inquiétez pas. Nous, on, on veut pas les
négociations là maintenant. Mais comme a dit monsieur Borrel, il
faut gagner la guerre sur le terrain.
On va la gagner la guerre sur le terrain et la négociation à la frontière
polonaise, on va vous inviter, aussi les journalistes, pour voir
comment se sent les Ukrainiens, euh, à, à l'intérieur de
la Russie.
Piotr Tolstoï, vous avez reculé ces derniers mois.
Votre armée a reculé ces derniers mois et parti de Tchernobyl, n'a pas réussi à
prendre Kiev et parti de Kharkiv et parti de Kherson encore, euh, il y a, il
y a deux semaines maintenant, euh, recule sur recul.
Et vous nous dites ce soir que vous irez jusqu'à Kiev.
Ça reste l'objectif d'aller prendre Kiev et donc de faire sortir notamment Zelensky
du pouvoir.
Bien sûr. Bien sûr, notre objectif, c'est clair, c'est
dénazification et démilitarisation de, de, de l'Ukraine.
C'que, c'est ce que vous dites sur le
regroupement de, de troupes russes,
mais vous croyez quoi ? Que la Russie a retiré les troupes de
Kherson parce que il a peur de l'armée ukrainienne ?
Non, il faut regrouper les troupes avant
l'hiver pour ne pas
risquer les civils qui vivent à Kherson et qui sont partis avec
l'armée russe, la plupart, hein. Et pour, euh, ne pas
risquer des vies de nos soldats. Nous ne sommes pas fous.
Mais Kherson, c'est une ville russe.
Après le référendum qui a eu lieu récemment.
Et vous inquiétez pas, on va revenir à Kherson, on va venir à
Dniepr, on va venir à Kiev. Sans doute.
Il n'y a pas de doute là-dessus.
Et, vous n'avez pas de doute, il y a un autre scénario possible que je
vous
soumets. C'est ce que souhaitent faire les
Ukrainiens.
Après Kherson, ils ont visiblement la Crimée en tête.
Ils veulent reprendre leurs terres de Crimée.
Si les Ukrainiens lancent une opération militaire,
terrestre par exemple, sur la Crimée, une opération d'envergure, quelle
sera votre réaction ?
Bah, quelle sera notre réaction ? C'est très simple.
La Crimée n'a jamais été ukrainienne d'ailleurs.
Et, euh, vous inquiétez pas, l'armée russe a assez de force
pour, euh, faire reculer les, les Ukrainiens dans cette
direction comme dans des autres. Les Ukrainiens, ces dernières semaines,
perdent des milliers de soldats, euh, sur le terrain parce que ils essaient
d'attaquer en vain. Et nous, on veut pas, euh,
utiliser, euh, les armes lourdes qu'on peut
utiliser pour vraiment, comme je vous ai dit, raser le
terrain à des dizaines de kilomètres en profondeur de l'Ukraine.
Euh, nous, on le fait pas. Mais s'il y aura des, des, des attaques
comme ça, des, des, des militaires ukrainiens qui vont
venir auprès des chars russes, évidemment,
euh, ça serait une tragédie pour l'armée
ukrainienne.
En conclusion, cette séquence révèle l'extrême tension
qui entoure le récit de
la guerre en Ukraine. En confrontant frontalement le discours
occidental,
Piotr Tolstoï bouscule le plateau et met en lumière les limites d'un
débat médiatique face à une parole radicale et assumée.
Qu'on y adhère ou non, ce moment de direct marque les esprits et
rappelle que, dans les conflits modernes, l'information est elle aussi
un champ de bataille.
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