Living Conditions in Côte d'Ivoire
J'essaie de faire mon ménage, mais j'ai envie de vous parler un peu de
la réalité
que c'est de vivre en Côte d'Ivoire
quand on n'est pas Abidjanais, parce que je sais que je suis suivie par
beaucoup
d'Abidjanais. Il y en a qui n'ont pas conscience de
beaucoup de choses.
On dit souvent que euh les vies de l'intérieur ou autre, c'est moins cher et
tout. Mais par exemple, ici à Bouaké, il y a pas de taxis de compteur.
Donc c'est juste les taxis que vous appelez Waren, c'est ça qu'on a ici,
et puis
Yango. Et le Yango, par exemple, si t'as trop payé, en ce moment, les
prix sont en train de monter, mais si tu as trop payé,
c'est trois mille.
Sinon, tu vas payer peut-être mille francs,
mille cinq cent, deux mille, souvent
sept cent, huit cent, neuf cent. Et les Waren ici, c'est deux cent.
Si tu vas louer, c'est que tu vas payer plus.
Peut-être cinq cent, peut-être va te dire mille francs s'il
prend tout, mais c'est
deux cent quoi. Maintenant, nous, on n'a pas de trajet précis,
genre c'est pas
comme si tu prends un Waren et puis il fait juste une route précise et tout.
Pour dire que non, il faut aller dans tel gars ou bien tel
gars.
Non, tu arrêtes n'importe quel taxi, tu lui dis : tu vas dans tel coin.
Si ça l'arrange, il te dit : monte. Si ça l'arrange pas, il dit non,
tu cherches un
autre taxi. Donc c'est deux cent. La nourriture aussi,
c'est pas si cher que ça.
On mange en bonne quantité. Les loyers ici, ça tourne autour de
cinquante mille. Des deux chambres salon, tu peux trouver des deux chambres salon à
quatre-vingt mille, des fois des deux chambres salon à cent k.
Il y a beaucoup de nourriture à cent francs, à deux cent, à cinq cent.
En tout cas,
tu manges bien en ne payant pas beaucoup.
Ça attire beaucoup de gens qui se disent que : « Ouah, mais la vie est trop bien
ici. Regardez comment vous vivez bien ».
Les trucs sont moins chers ici parce que les gens n'ont pas d'argent.
Les salaires ici sont extrêmement bas.
Déjà, il y a pas énormément d'entreprises ici.
Et on parle de Bouaké. Bouaké est quand même assez développée par
rapport aux
trois cent quatre-vingt-onze autres villes de la Côte d'Ivoire.
Parce que oui, on a trois cent quatre-vingt-treize
officiellement, même si on a
plus de quatre cent quarante environ ru-- comment dire ?
On a environ quatre cent quarante-sept ruralités.
Mais bref, euh oui,
il y a pas beaucoup de travail à Bouaké.
Les entreprises dans lesquelles vous êtes embauchés, enfin il y en a pas
énormément. Ici, c'est soit des petits commerces,
c'est-à-dire
les, les coins de retrait et tout, les restaurants,
les, les endroits où on fait les photocopies et
compagnie.
C'est ça qui est beaucoup. Les pharmacies, les boulangeries.
Mais il y a pas vraiment d'entreprises comme à Abidjan.
La grande majorité des gens ne sont même pas déclarés.
Donc toucher soixante-quinze mille francs
c'est pas tout le monde qui a ça. La plupart des gens sont payés à cinquante
mille,
soixante mille. Il y en a qui ont un peu plus,
mais il faut savoir que si tu es
Bouakois, oui, les habitants de Bouaké, on nous appelle les Bouakois.
Si tu es Bouakois et que euh tu touches plus de cent cinquante mille par
mois, on considère que tu as une mine d'argent.
À Abidjan là-bas, cent cinquante mille là
faut, faut retourner au village, c'est quand même...
Mais oui, ici,
il y a pas d'argent. Il y a des gens qui sont payés à
soixante-quinze mille, ils
sont pères de famille. Ils ont peut-être deux enfants,
trois enfants, quatre
enfants. Ça, ça aussi, vous faites les enfants alors que vous
n'avez pas l'argent
pour vous occuper d'eux. Bref, ils ont femme et enfants à nourrir.
Donc, ils vont venir payer loyer, peut-être cinquante mille.
Dans votre tête, cinquante mille, c'est pas beaucoup d'argent.
Sachant que vous, vous touchez quatre cent mille,
cinq cent mille, vous dites que
c'est pas beaucoup. Eux, ils sont payés soixante-quinze mille.
Ils payent le loyer cinquante mille.
Donc souvent, ils cumulent trois, quatre boulots.
Le soir, il est vigile quelque part là-bas.
Le matin, il a un coin de photocopie pour gagner un
peu d'argent
ou bien il fait moto taxi. Les enfants, quand ils ont eu le bac,
souvent, mais ils n'ont même pas le bac, ils font moto taxi.
Les mamans vendent habits, elles vendent attieké, elles vendent au
marché et tout. Et eux tous, ils mettent tout l'argent ensemble.
Et puis c'est ça ils prennent pour manger, c'est ça ils prennent pour vivre.
Est-ce que ça vous donne envie de vivre cette vie-là ?
Il y en a qui vivent avec deux mille francs par jour, littéralement.
Ils font Manawa.
Ils ont un petit coin, petit studio bizarre là-bas où ils vivent,
ils
dorment. Souvent, ils sont avec leur femme,
mais ils sont avec leur go.
Le coin est petit, les toilettes, souvent pas de toilettes.
Ils vont peut-être payer cinq mille, mettre dix mille par mois.
Et puis ils font Manawa tous les jours.
On leur donne deux mille par jour, deux mille cinq cent par jour.
Avec ça, ils vont manger, ils vont donner à manger de leur femme,
de leur go là,
ils vont donner à manger des bébés, ils vont payer habits des bébés,
eux-mêmes, ils
n'ont pas habits. Bref, je peux pas rentrer dans la vie de tout le
monde parce
qu'il y a beaucoup beaucoup beaucoup de détails.
Mais je tiens à te raconter ça parce que
j'ai envie que beaucoup constatent la réalité.
Peut-être que s'il y en a qui commencent à vraiment constater la réalité, ils vont
écouter lorsqu'on vous dit que la vie,
c'est pas normal que lorsqu'on est en train de parler de plein de problèmes dans
ce pays, là, vous soyez déconcentrés par
des buzz ou je ne sais quoi. Parce que quand on est en train de parler
de cette
histoire de loyer cher à Abidjan,
c'est Abidjan seul qui était ciblé par ça.
La lutte de loyer cher, ça concerne Abidjan seul.
Ça concerne vingt-et-un pour cent de la population. C'est vous seulement.
C'est-à-dire que nous-mêmes de l'intérieur,
on est en train de parler pour vous.
Mais nous-mêmes aussi, on a des problèmes ici.
Problèmes que vous ne voyez pas parce que vous ne pensez qu'à vous.
Et comme vous ne pensez qu'à vous, littéralement,
même quand on essaye de parler pour vous, vous êtes concentrés par votre
bonheur
sur l'instant qui vous dit : il faut regarder guéret de ceux-là sur
TikTok.
Bref, la vidéo est longue, la vidéo est longue, mais vraiment,
sachez-le,
il y a des gens qui vivent tellement pire que ce que vous vivez.
Donc quand on essaye de vous pousser pour que vous, vous
commenciez à prendre conscience des conditions dans lesquelles vous vivez,
c'est
pas seulement pour vous. C'est aussi parce que si on commence à
vous écouter
et on commence à améliorer vos conditions de vie, peut-être qu'ils vont commencer à
écouter nous aussi, on est derrière.
Je peux pas te faire une hiérarchisation de ce que les gens vivent, mais je veux
que vous compreniez qu'en tant qu'Ivoirien,
et c'est ce qu'on appelle être citoyen,
c'est pas votre propre vie qui compte seulement,
c'est la vie de tout le monde. Vous êtes citoyen,
vous êtes patriote que sur
Internet. Vous allez mettre vos drapeaux dans vos
noms, dans vos TN et
compagnie, venir chanter Coup du Matos, venir faire un peu de coupé-décalé,
DJ Arafat, moto moto. Mais lorsqu'on commence à vous parler pour
vous faire
comprendre qu'il y a des-- il y a soixante-dix-huit pour cent de la
population qui galère,
là, par contre, vous n'êtes plus Ivoirien, vous disparaissez.
C'est dommage. Ah oui, j'ai oublié de préciser.
Quand j'allais au lycée,
de la sixième jusqu'à la terminale, j'avais deux cent cinquante par jour.
Mon argent de poche, d'école et de tout, c'était cinq mille francs.
Mais avec ça, voilà où je suis actuellement.
Je suis peut-être pas quelqu'un,
mais je vis, je peux manger. Mes parents ont tout fait pour que
mes sœurs et moi, on puisse manger correctement,
pour que eux-mêmes, ils puissent
manger correctement. Donc, imaginez ce que vous êtes capables de
faire avec
les moyens que vous avez. Nous, on n'a pas bon moyen, on se débrouille un
peu un peu. Imaginez ce que vous êtes capables de
faire. Arrêtez de dormir dessus.
Arrêtez de donner raison à ceux qui disent que vous n'êtes pas concentrés.
Et je fais partie de ces gens-là. Moi-même, monsieur Lapo m'a dit que suis
Ivoirienne pessimiste. Ne me donnez pas raison
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