Blade Runner, la condition humaine et l’intelligence artificielle
La plus belle métaphore que j'ai vue de la condition humaine, c'est prétentieux ce
que je vous dis là, c'est Blade Runner.
Car un des grands auteurs de ma vie, c'est Philippe K Dick, qui est un grand
délirant, euh, de science-fiction.
Et dans, euh, Blade Runner, d'abord, il y a une expérience cinématographique
physique, il pleut tout le temps.
Euh, il y a une pénombre.
Et puis, euh, ce sont, c'est un type qui pochasse les robots qui
se sont enfuis, les androïdes.
Et, euh, alors, il est là, bon il va, il vient, il a plus envie de le faire,
mais
il le fait quand même. Et puis, il y a trois androïdes superbes, une
qui est une beauté, l'autre qui est en... Et puis le trois, enfin peu importe.
Et il les pourchasse jusqu'à ce qu'il les attrape pour les détruire.
Et petit à petit, le doute commence à le gagner sur lui-même
quand il découvre qu'il a les mêmes souvenirs qu'une autre personne dont il a
fait
la connaissance.
Est-ce qu'il n'est pas lui-même un androïde ?
Et la question se pose de savoir si lui-même n'est pas un androïde.
On sait pas d'ailleurs. Le, le film ne répond pas à cette question.
Non. Et les androïdes, eux, qu'est-ce qu'ils veulent savoir ?
C'est pour ça que c'est extraordinaire.
Ils cherchent leur auteur, le gars qui les a programmés,
pour lui demander quand
est-ce qu'ils vont mourir. Et,
il vous-- il est là dans son lit,
il leur dit : mais à quoi bon ? Pourquoi faire, vous voulez savoir ça ?
Regardez, vous êtes beaux, vous avez fait ci, vous avez fait là.
À quoi bon ?
Et les autres supportent pas qu'il refuse de répondre et puis ils lui tordent le
cou.
Et bon, quand j'ai vu ce film,
je suis pas très malin, finalement.
J'ai mis un peu de temps à comprendre que c'était une allégorie de la
condition humaine, que nous en sommes tous là.
Nous avons une vie qui devrait
nous suffire à être remplie des bonheurs qu'elle a contenus.
Mais nous voulons savoir des choses improbables.
Quand est-ce que ça va finir ?
Est-ce que ça va mieux tourner ? Et si bien que
c'est un principe philosophique très ancien et discutable.
Nous sommes incapables du carpe diem, c'est-à-dire profite de l'instant.
À cet instant, il y a quelque chose d'agréable pour moi,
euh, à me
trouver en face de vous, avec qui j'ai réglé quelques comptes dans
le passé, euh,
et nous sommes dans un autre rapport.
Euh, je m'adresse à un autre intello qui fait
des lettres,
euh, et il y a le bonheur de la, la rencontre parce que, euh, vous
me relancez, vous, vous savez de quoi je vous parle.
Euh, voilà pour le, le,
le film. Mais regardez comme ce film est
d'actualité.
Avec la naissance de l'intelligence artificielle, tout d'un coup,
tous les êtres
humains, nous prenons une grande claque. Quoi ?
Nous qui nous pensions par notre conscience exceptionnellement dotés
par quelques mystères qui est peut-être de l'ordre de la dé-métaphysique.
Nous découvrons quoi ?
Qu'un pauvre algorithme, une série d'algorithmes, une machine est
capable de penser et même d'être intelligente.
Ce qui n'est pas la même chose. Et, euh,
moi, la question que je vais poser à ce moment,
c'est de me dire, parce
que j'ai quand même eu mes lectures.
Je lis Anne Dalembert, je la recommande à tout le monde.
Elle a fait d'abord un premier bouquin qui a un titre à coucher dehors,
qui s'appelle Schizophrénie numérique et le deuxième s'appelle Bêtise
artificielle.
Ce qui prouve toute la, l'intensité de la femme d'esprit qu'elle
est, parce qu'elle
présente très bien. Dans le premier, elle, elle balance.
Et dans le second, je retrouve la question que j'ai commencé
à me poser en
étudiant des phénomènes de cette nature.
C'est, le problème, c'est pas que le robot vous remplace,
c'est que vous vous
mettiez à vous comporter comme un robot.
Que vous ne soyez pas capable de faire autre chose que de poser des questions à
un
robot. C'est-à-dire de parler sa langue, exactement comme quand vous
avez besoin d'argent, si vous allez à la tirette,
c'est elle qui vous dit ce
qu'il vous faut faire. Voulez-vous ceci ou cela ?
Appuyez vers là.
Quel est votre numéro deux ? Vous remplissez.
Appuyez sur, récupérez vos billets.
Si bien que spontanément, s'il y a un guichet,
vous allez faire la queue.
Et en, en définitive, l'organisation va s'imposer à
vous sans que vous sachiez quelle est sa rationalité.
Parce que vous pouvez toujours me répondre : mon cher Lenglet, il faut faire la
file pour que ça soit moins long. Vous en savez rien.
Vous n'en savez rien. Il y a des endroits où les gens sont
incapables de faire la
queue et ils arrivent à tous passer. En Italie, par exemple.
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