Soutien à Israël et antisémitisme : une Française juive interpelle un responsable polit...
Moi, je suis juive, je suis française, je suis une femme de trente-cinq
ans, j'ai deux enfants qui vont à l'école
publique.
Euh, j'ai de la famille, m-mon histoire personnelle,
c'est l'histoire de la France.
Euh, j'ai de la famille du côté de mon père qui
vient d'Europe de l'Est et qui a
été exterminée et qui a fui l'Europe.
J'ai de la famille du côté de ma mère, juive marocaine, qui a vécu sous la
colonisation, qui a quitté le Maroc.
Euh, vous, vous parliez de vos racines tout à
l'heure.
Vous avez de la chance d'en avoir. Moi, l'histoire de la France, on n'a pas
beaucoup laissé des racines. Aujourd'hui, j'ai de la famille euh-
Mais on peut s'enraciner aussi en France.
On peut tout à fait le faire.
J'ai, j'ai, j'ai de la famille au Canada, j'ai de la famille, moi, en France et
j'ai aussi beaucoup de famille en Israël.
Euh, et j'ai vu que vous êtes parti en Israël
récemment pour commémorer, euh, et
se recueillir au niveau des massacres.
Je vous entends, euh, je vous ai entendu récemment sur Radio J,
euh, parler aussi de ces questions-là.
Je sais que vous faites souvent le lien dans votre soutien à Israël ou à la
politique israélienne avec la lutte contre l'antisémitisme en France.
Euh, je sais aussi, par ailleurs, que dans cette même logique, vous,
vous êtes
en faveur de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël.
Et moi, la question que je me pose, alors qu'on voit quand même qu'il y a des
milliers de morts en Palestine et que de plus en plus les Palestiniens souffrent,
euh, et on ne peut pas le nier. Je pense que ça, tout le monde l'a reconnu
aujourd'hui. Euh, j'ai du mal à comprendre votre position à
vous,
euh, dans le camp de la droite et chez les
Républicains particulièrement,
d'insister dans ce soutien indéfectible à la politique de l'État d'Israël et de
surcroît de le lier, et c'est peut-être ça, moi,
en tant que juive française, qui
me panique le plus, à la lutte contre l'antisémitisme.
Moi, j'ai beaucoup de mal à comprendre comment
quand on soutient l'État d'Israël ou
en tout cas les politiques de l'État d'Israël, l'accord d'association,
on le fait
au nom de la lutte contre l'antisémitisme.
Comment ce soutien-là m'aide à moi, juive de France aujourd'hui,
dans mon quotidien
?
Bien, Johanna. C'est, c'est un sujet qui est extrêmement grave.
Je suis allé le sept octobre
sur place. Je me suis rendu euh, là où ont été
massacrés euh, plus de trois cent cinquante jeunes
qui étaient pacifistes, comme vous le savez.
J'ai rencontré notamment une mère de famille qui m'a raconté,
euh, les derniers instants de, de sa fille de vingt-trois ans.
J'étais très impressionné
parce que sur le site, vous le savez, on a les photos.
Et c'est très différent. On le voit là, par exemple.
C'est très différent quand on a les visages,
parce qu'un chiffre, c'est un chiffre, c'est froid, c'est une comptabilité.
J'ai voulu y aller parce que
pour moi, c'était important, vraiment.
Mais-
La question, ce n'est pas pourquoi vous vous êtes
déplacé.
J'ai rencontré-
C'est pourquoi vous soutenez ces accords politiques et pourquoi vous
faites le lien avec la lutte contre l'antisémitisme.
Non, mais j'ai ren-, je n'ai pas voulu rencontrer d'hommes ou
de femmes politiques.
J'ai rencontré le président d'Israël, Isaac Herzog.
Vous connaissez ses positions.
Je n'ai rencontré que lui. Je n'ai pas voulu rencontrer d'hommes ou
de femmes
politiques d'Israël. Dans quelques jours, le vingt-sept octobre, le peuple
israélien
devra se déterminer.
Moi, je soutiens Israël dans son existence,
puisqu'aujourd'hui son existence est niée par tous ceux qui disent, voilà
: Du fleuve à la mer. C'est-à-dire qu'ils nient carrément
l'histoire d'Israël.
Moi, je suis gaulliste et donc je veux une
solution à deux
États,
un État israélien, un État palestinien.
Je suis abasourdi par ceux en France et celles
qui n'ont pas reconnu dans le Hamas un mouvement terroriste.
Alors que le Hamas est vraiment...
Enfin, ils ont tué, des bébés ont été tués parce qu'ils
étaient juifs. Vous voyez ?
Mais pardon, pour rebondir sur
la question précise.
Moi, en tant que juive française, en fait, j'ai du mal à comprendre.
Parce que ce, le truc, c'est que là, vous n'êtes pas en train de le dire
aujourd'hui, mais vous l'avez dit il y a quelques jours
sur Radio J et vous le
dites souvent, c'est que ce soutien, euh, et cette dénonciation du Hamas et
ce soutien, euh, à l'État d'Israël ou à certaines
politiques israéliennes ou à
l'accord d'association avec Israël, qui est donc une façon,
une façon de soutenir,
que c'est aussi une façon de lutter contre l'antisémitisme.
Mais moi, aujourd'hui-
Pardon Johanna, je précise l'accord d'association,
c'est un accord qui accorde à
Israël des conditions préférentielles, en clair,
quasiment pas de droits de douane,
pour commercer avec l'Union. L'union européenne est le premier
partenaire
commercial d'Israël. Est-ce que ça ne serait pas un moyen de
pression de faire
comme pas mal d'États le demandent, de, de, de suspendre cet
accord d'association avec Israël ?
Johanna, je confonds pas les deux, moi.
Je pense que l'existence de l'État israélien
est fondamentale, mais pour autant, je n'appuie pas les
politiques de Benjamin Netanyahou.
Et je pense qu'actuellement, pour être très clair, la
politique,
non pas d'encouragement, de laisser-faire, mais entre les deux,
euh, en Cisjordanie,
elle est condamnable.
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