Literary Performance and Social Commentary

Et l'émission touche à sa fin. Moi, j'aurais pu rester des heures avec vous.

J'avais plein de choses encore à vous dire.

Mais avant de se dire à la semaine prochaine, j'aimerais que, bah,

que l'une de

vous prenne ma place pour conclure cette soirée très intense avec un texte

inédit. Vous le savez, c'est le principe de la Grande Librairie.

Euh, je laisse carte blanche à un des, des invités pour un texte qu'il

écrit. C'est une façon de faire exister la

littérature, un acte de création aussi

dans cette émission littéraire. Et c'est une parole totalement libre.

C'est votre carte blanche. Adèle Haenel, droit dans les yeux, si vous voulez bien

prendre ma place.

Merci.

Tu as pris une décision.

Cette fois-ci, tu vas parler.

La table de famille où tu t'assois est un plongeoir.

Il faudra courir et sauter dans un mot.

Le reste de la phrase suivra comme une chute irrémédiable.

La peur accélère ton cœur, mais là, dehors, tu t'es, t'es

juré de pas reculer. Pour toi et toutes les autres qui parlent

dans

ta voix. Alors, le mot tombe.

Il m'a violée.

Sujet, verbe, COD.

La phrase aiguisée, courte et pointue, fend l'espace.

Le tremblement de ton corps, le tremblement de ta voix contaminent

l'air et tous les corps autour.

Le monde vibre sous l'impact.

Il faut parler de l'acte de parole, de la peur de dire

lorsque les mots prononcés sont des coups de hache qui révèlent que de leur absence

permanente suinte à chaque instant l'acceptation par tous

de l'inacceptable.

Des mots qui mettent au jour cette couche du réel que tout le monde connaît,

mais qui ne doit pas être dite, qui doit masquer sa propre absence pour

devenir une absence d'absence, un rien de rien.

Moi aussi, j'ai pris une décision.

Je vais parler.

La densification de l'angoisse ne ment pas.

Ce fauteuil où je m'assois est un plongeoir.

Le premier mot sera un seau dans le silence télévisuel qui engloue le

pays, ce brouhaha médiatique qui masque sans

répit

l'absence omniprésente de certaines paroles.

Pareillement, la phrase est courte

et pareillement, j'ai peur.

Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu'il y a

dans ce

silence afin que tout le monde l'entende.

L'État d'Israël commet un génocide en Palestine et la

France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable,

alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine.

Adèle Haenel.

Une carte blanche

personnelle, libre,

droit dans les yeux.

End of transcript · 411 words

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