Discussion on Youth Protests and Violence
Moi, j'ai la chance aujourd'hui d'être invité
sur le plateau.
Un problème quand même évident sur ce plateau, c'est que ce mouvement dont on
parle, dont on fait débat et toute la France en
parle aujourd'hui, il a quand même
démarré dans les lycées de banlieue parisienne, donc que ce soit Créteil,
Saint-Denis, etc. Aujourd'hui, on est je ne sais pas combien autour de la
table, il
n'y a pas un seul lycéen ou une seule lycéenne, et encore moins un
lycéen noir ou arabe, peut-être parce qu'il parle pas
assez bien, pas assez éloquent, etc.
Il y a une sorte d'économie de l'attention qui se fait médiatiquement.
On détourne complètement le regard et on parle beaucoup de la violence.
On n'est pas dans un état de, de base qui est un état de non-violence.
En fait, on est en train de parler comme si ça
s'était embrasé il y a trois
semaines, il y a quatre semaines, comme si les élèves ne vivaient pas déjà
dans un
état de violence dans la vie de tous les jours.
Ce que je veux dire par là, c'est que ça montre bien qu'il y a des
violences.
Elles existent, peu importe le côté dans lequel elles se
situent.
En fait, ce qui dérange le plus, j'ai l'impression sur ce plateau,
c'est pas la
violence en tant que telle, c'est la cause à laquelle elle se
rapporte.
Et quand cette cause, elle est exprimée par des lycéens noirs et
arabes qui
demandent quand même, ce qui me paraît être le minimum,
des conditions dignes pour
évoluer, qui démontre aussi que ça concerne pas que
l'école.
C'est aussi un, un, une perte de confiance en l'avenir.
On nous a posé, en nous regardant vers ici,
mille fois la question : Est-ce que
vous condamnez les violences commises par les lycéens ou par les casseurs ?
Violences qui quand même, il faut le rappeler, bien sûr,
il y a eu des policiers
blessés, etc.
Pourtant, ils sont suréquipés et tout, ils ont quand même réussi à se faire taper
par des pschits. Euh, mais je veux dire, il y a quand même un truc de,
euh, on nous a jamais, enfin, on leur a jamais demandé
s'ils condamnaient ou pas. C'est comme si c'était intrinsèque qu'en
fait,
cette violence-là, elle était légitime.
Et ça me pousse quand même à-
On n'a pas demandé aux policiers, vous voulez dire.
Voilà, exactement. Jamais je pourrais me retrouver dans une
posture, même si je
débats, même si j'essaie d'apprendre des nouvelles
choses, jamais je pourrais me
retrouver dans une posture où je dirais que tout ça, c'est de la faute d'enfants.
Euh, jamais je justifierai la violence commise
par des policiers adultes
calibrés sur des enfants. Monsieur le policier qui prônait
fièrement qu'il était banlieusard, qu'il a peut-être un peu la même tête que
moi, a
priori, on pourrait être frères ou cousins,
peu importe.
Une chose que moi, je me dois de, de, de rajouter, euh,
ça fait partie de la raison
pour laquelle je, je, je viens là et si je le fais pas,
je me sentirais pas
légitime d'être venu, euh, c'est que si on doit parler du terrain,
alors
moi aussi, je me sentirais légitime de parler du
terrain.
Du terrain, c'est en fait l'histoire de ma vie et
l'histoire de ma vie avec ma tête
d'Arabe. Moi, la police, je l'ai connue tout le temps.
Je n'ai jamais de ma vie tenu une quelconque action
violente envers la police. J'ai jamais défié l'autorité.
J'étais un peu le mec en général dans le groupe de dix-douze potes qui se font
contrôler. Je suis un peu le mec qui reste en
arrière, qui essaie toujours de
calmer le truc, calmer le jeu. Et pourtant, j'ai vraiment des
dizaines, voire des centaines d'expériences avec la
police qui sont des expériences
violentes.
Mon Dieu.
Et donc j'ai besoin de parler de ce, de, de ce terrain aussi parce que c'est un
terrain que vivent beaucoup de jeunes, euh, bien avant,
euh, les mouvements pour le lycée, depuis des dizaines d'années.
Et ça, c'est quelque chose qu'il faut, euh, qu'il faut bien comprendre, c'est
qu'aujourd'hui, quand on est sur le terrain des
manifestations, et là, je vais
parler de ce que j'ai pu vivre hier, de ce que j'ai pu vivre les semaines
précédentes, de ce que j'ai vécu lors de la
manifestation contre le permis euh,
contre le droit de tuer. Il y a une chose qui est que les policiers
sont des humains. Vous êtes d'accord avec moi ?
C'est des humains qui ont un cœur.
A priori, on est d'accord aussi. Euh, et pourtant, il y a des chiffres, je les
connais pas, donc vous pouvez prendre sur le terrain du
chiffre.
Il y a des chiffres qui démontrent que quand même, la majorité de ces policiers
votent à droite, voire à l'extrême droite.
Comme vous, vous dites que l'expérience du terrain,
c'est l'expérience la plus
légitime. Je vais donner la mienne.
C'est que moi, quand j'arrive en manifestation,
j'ai l'impression d'avoir en face
de moi une majorité de policiers qui sont des humains avec un cœur, des
convictions, des convictions politiques.
Par contre, la différence, c'est que— et du coup,
qui sont plutôt à droite, voire à
l'extrême droite, face à un mouvement lycéen de gauche,
a priori non
violent dans la majorité des cas. Et pourtant, eux, ils sont là, calibrés,
organisés, défendus par leur gouvernement.
Et donc, pour moi, je vois un rapport de force qui est quand
même, comme le disait
Mathieu tout à l'heure, très alarmant, qui devrait nous concerner.
J'ai l'impression qu'on est en train de vivre sur ce plateau un truc un peu
dystopique, une sorte de test d'humanité, de vous voir comment vous réagissez face
à des enfants qui sortent dans la rue, qui se révoltent.
Pour moi, c'est pas des enfants. C'est des jeunes, des adolescents,
mais bon.
Oui, mais c'est très bien. Là, je vais- Je peux parler ?
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