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Si on prend un peu de recul,
quelle est la position de la Turquie dans ce dossier ?
Est-ce qu'Ankara a intérêt à ce que le régime des mollahs chute ?
Alors, je suis ravi que vous me posiez cette question parce qu'on entend
beaucoup de choses sur de nombreux plateaux télévisés à ce propos.
On entend par exemple que la Turquie
et l'Iran seraient alliés dans une sorte de coalition des frères musulmans,
ou au contraire que ce qui est en train de se passer,
c'est une sorte de réalignement des intérêts régionaux entre Israël et la Turquie.
Bon, on va juste rappeler les bases : la frontière entre la Turquie et l'Iran,
c'est l'une des plus anciennes et des plus solides de la région, 1639 avec le
traité de Zohab. Ce sont deux pays qui ont été deux empires, qui vivent côte à côte,
qui n'ont pas les mêmes intérêts, qui peuvent être rivaux,
mais qui ne sont pas alliés et qui peuvent même être partenaires à l'occasion.
Je vous donne juste un exemple : la Turquie importe 15 % de son gaz de l'Iran.
Et d'ailleurs, le contrat qui lie
ces deux pays arrive à échéance dans quelques mois.
Donc rien que pour ça, pour la Turquie,
c'est quand même mieux de conserver le même interlocuteur pour renégocier son gaz.
Donc ce sont deux pays qui sont rivaux et d'ailleurs,
il y a de nombreux terrains dans la région où cette rivalité s'exprime.
Et on peut le voir ces dernières années, c'est plutôt la Turquie, hein,
qui gagne à chaque fois sur ces terrains-là, que ça soit en Syrie,
que ça soit au Haut-Karabakh,
que ça soit en ce qui concerne les Kurdes, on va y revenir.
Mais ce qui est important de comprendre,
c'est que la Turquie n'a aucun intérêt à ce que le régime iranien chute violemment
et de manière brutale, quoi, en ce moment. Ça déstabiliserait la région.
Les officiels turcs n'arrêtent pas de le dire,
encore le ministre turc des Affaires étrangères hier,
Hakan Fidan, qui est l'ancien chef des renseignements. Pendant 10 ans,
il a été chef des renseignements turcs, il a conçu des canaux
de communication directs avec les Pasdaran, avec les Gardiens de la révolution.
Regardez ce qui s'est passé juste après l'attaque américano... israélo-américaine,
les Turcs ont multiplié les appels vers leurs contacts au sein
du régime iranien pour montrer que ces canaux conservaient une continuité.
Les Turcs ne veulent pas d'un afflux de réfugiés à leur frontière.
Recep Tayyip Erdoğan a adressé ses condoléances au peuple iranien après la mort
de l'ayatollah Khamenei.
Voilà, voilà tous ces exemples pour vous montrer que c'est pas du tout dans
l'intérêt de la Turquie de voir une chute du régime. Bien sûr, il y a
une concurrence.
Je vous l'ai dit, c'est la Turquie qui tire plutôt son épingle du jeu
ces dernières années,
mais l'Iran pour la Turquie n'est
pas du tout une menace existentielle comme l'Iran pourrait l'être pour Israël.
Ce que la Turquie considère comme une menace existentielle,
c'est la création d'un grand Kurdistan à sa frontière.
Et là, on a un problème du point de vue turc.
Les Turcs sont en train d'essayer de régler leur question kurde avec le
désarmement du PKK ces derniers mois, comme vous le savez,
comme on le traite sur cette antenne. Mais les articles qui parlent,
parce que c'est quand même documenté,
d'un soutien financier et en termes d'armement des
Américains et des Israéliens à des groupes iraniens kurdes, ça,
c'est très compliqué pour la Turquie.
Donc, ne serait-ce que pour cette raison-là, la Turquie préférerait en fait,
dans l'idéal... La Turquie, ce qu'elle aimerait, c'est un régime iranien qui survit,
qui est affaibli,
qui est suffisamment faible pour pas trop empiéter sur les intérêts de la Turquie,
mais qui est suffisamment fort pour rester un pays et empêcher un morcellement,
une balkanisation qui favoriserait les Kurdes dans la
région et donc éventuellement la création d'un Kurdistan, qui est un no-go,
pour dire les choses clairement.
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