0:00

La marée monte. Tant que la marée monte d'une façon supportable, c'est pas grave.

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Mais aujourd'hui, la marée monte d'une façon qui est en train de devenir totalement insupportable. C'est-à-dire qu'on est en train de passer le moment où c'est incontrôlable. Il y a un moment où la dette reste contrôlable, puis il y a un moment où elle s'emballe.

0:17

Et elle s'emballe quand elle crée les conditions pour augmenter en permanence et qu'on n'a plus les moyens d'arrêter cette croissance.

0:25

Et elle s'emballe, Jacques Attali, parce que les taux d'emprunt français flambent. C'est ce qu'on entend ?

0:32

Elles s'emballent en effet par une série de circonstances.

0:35

Elles s'emballent par le fait que nous avons un déficit primaire, c'est-à-dire hors du service de la dette, on est en déficit, ce que pratiquement plus aucun pays en Europe n'est, sauf nous. Et que donc on n'a pas d'argent pour rembourser le service de la dette. Parce que le service de la dette est de plus en plus élevé, parce que

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le taux d'intérêt augmente et parce que notre croissance est de plus en plus faible. Donc, le triangle taux d'intérêt, service de la dette et taux de croissance est dans une situation d'une constellation épouvantable.

1:02

Oui, mais nous sommes la France. Voilà ce qu'on me répond quand je pose cette question à certains responsables politiques qui me disent oui, très bien, sauf qu'au fond, on est un pilier de l'euro. Il y a la Banque centrale européenne.

1:14

Aucun de nos partenaires n'a intérêt de voir aller la France au tapis. Donc, au fond, parce que nous sommes la France, on continuera à nous emprunter et il n'y a pas péril en la demeure.

1:25

C'est en effet notre chance et notre malédiction.

1:28

C'est notre chance parce qu'on est un très grand pays, très riche en soi.

1:31

C'est notre malédiction parce qu'on croit à ça.

1:34

Et c'est comme celui qui tombe du soixantième étage jusqu'au premier étage, tout va bien. Nous en sommes là. Euh, mais on nous laissera tomber.

1:42

Qui nous laissera tomber ? Tous. Parce que regardez, si à un moment, il faut nous aider, euh, le Fonds monétaire, quand il a fallu aider la Grèce, n'avait pas l'argent pour aider la Grèce. Il a été obligé de chercher de l'argent au Japon et dans les pays d'Asie. La Grèce, c'est le dixième de la France.

1:58

Donc, le Fonds monétaire ne pourra pas. La Banque centrale européenne pourrait, si l'Allemagne donne son feu vert pour que la Banque centrale nous aide et pour que la Banque centrale nous aide avec l'accord de l'Allemagne, il faudra en passer par des conditions épouvantables. De plus en plus.

2:17

Des conditions épouvantables ? C'est-à-dire toutes les réformes qu'on n'a pas faites avant, il faudra les faire maintenant, c'est ça ?

2:21

Plus encore. Ce sera encore plus sévère.

2:23

Euh, l'Allemagne exigera un certain nombre de choses qui lui permettront soit de gagner beaucoup par rapport à nous, soit nous mettrons en situation où l'Allemagne sera tellement inquiète de ce qui se passera qu'elle dirait : Je passe.

2:39

Et je préfère ne rien faire parce que si je le laisse faire, c'est ma monnaie à moi qui va tomber.

2:46

Et donc, je préfère que la France sorte ou qu'elle vive sa crise jusqu'au bout.

2:50

Il n'est pas exclu que l'Allemagne, surtout si l'Allemagne évolue vers l'extrême droite, se dise ça. Les réformes qu'on devrait faire, celles qu'il faudrait faire en cas de crise extrême...

3:00

Ça s'appelle l'austérité. Beaucoup plus que ça. Non seulement il faudra faire ce qu'on devrait faire depuis longtemps, c'est-à-dire cesser d'augmenter les retraites et les baisser.

3:09

Non seulement il faudra faire un grand nombre d'économies de toutes petites choses.

3:12

Ce n'est pas les programmes des candidats, en particulier le faux programme de madame Le Pen.

3:16

On va en parler. Qui est... Mais il faudra aller beaucoup plus loin.

3:21

Il faudra augmenter l'âge de la retraite à soixante-six, soixante-sept ans tout de suite. Il faudra réduire les retraites de vingt pour cent.

3:27

Et la dernière étape qu'on nous demandera, je le dis parce qu'il faut que les gens, les Français réalisent, ce qu'on nous demandera, c'est on dira : Écoutez, vous avez une très forte épargne. Les Français, on ne se inquiète pas, vous avez beaucoup d'épargne. Donc, emprunt forcé. Vous êtes obligé de

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prêter. Ce n'est pas grave. Vous allez prêter à trois pour cent à l'État, ce n'est pas grave. Donc, les Français diront que ce n'est pas grave.

3:48

Puis, dans quatre, cinq ans, on oubliera de nous rembourser cet emprunt. L'emprunt forcé se termine toujours par un impôt.

3:55

L'emprunt forcé se termine toujours par un impôt.

3:58

Donc c'est ça qui devrait inquiéter les Français, c'est que ça peut se terminer avec une main basse sur l'épargne des Français.

4:03

C'est ça que vous nous dites, Jacques Attali.

4:04

C'est ce qui s'est passé en Grèce, c'est ce qui s'est passé au Portugal, c'est ce qui s'est passé dans tous les pays qui ont mis du temps à réagir.

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